« Rosie Davis », de Paddy Breathnach

« Rosie Davis », de Paddy BreathnachL’affiche de Rosie Davis nous en rappelle une autre. Celle de Moi, Daniel Blake, le film de Ken Loach, seconde Palme d’or de son auteur en 2016. Comme le héros loachien, alors flanqué d’une mère et de ses deux enfants, Rosie Davis avance dans notre direction, le visage fermé, une fillette dans les bras. Autour d’elle, la grisaille. Derrière, une barre de pavillons de banlieue (des palissades pour Daniel Blake).

Décors et vêtements sont ici les marqueurs respectifs d’une sociologie populaire. Et la « marche en avant » des personnages, droit dans l’axe, autant que leur regard franc, droit dans celui du spectateur, représentent les indices de leur détermination à s’extirper de la misère dans laquelle ils sont tous deux englués.

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Création du César des lycéens

Après le Prix de l’Éducation nationale du Festival de Cannes et le Prix Jean Renoir des lycéens, voici le César des Lycéens ! Créé cette année par l’Académie des arts et techniques du cinéma et le ministère de l’Éducation nationale, en partenariat avec la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) et le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), ce nouveau projet a l’ambition d’être au moins aussi prescripteur que son modèle littéraire, le prix Goncourt des lycéens.

Entre trente-cinq et cinquante classes de terminales (générales, technologiques et professionnelles), ayant fait l’objet d’une candidature en décembre dernier, compose le jury lycéen. Celui-ci aura pour tâche de visionner, durant le mois de février, les sept films sélectionnés dans la catégorie « Meilleur film ». Date limite du vote : vendredi 22 février, jour de la remise des César.

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« Amanda », de Mikhaël Hers

Mikhaël Hers aime Paris. Terrain de jeu de son adolescence, la capitale est devenue le territoire quasi exclusif de sa cinématographie. Et, comme chez Éric Rohmer, on y arpente les rues, on fréquente ses cafés et ses parcs.

Son jeune cinéma traite du passage à l’âge adulte, de la crainte de l’avenir, des premiers renoncements et du deuil. C’est précisément ce dernier thème, abordé dans son précédent long-métrage Ce sentiment de l’été en 2015, qu’il décide de remettre sur le métier à l’heure du projet d’Amanda. Avec, cette fois, un parti pris moins rétrospectif, plus en prise avec l’actualité récente.

En scrutant le Paris d’aujourd’hui, Mikhaël Hers cherche à capter la violence de l’époque, que les attentats islamistes de novembre 2015 cristallisent à ses yeux. Jugeant toutefois la reconstitution difficile, il décide, avec sa scénariste Maud Ameline, de s’appuyer sur les ressorts de la fiction et d’ « inventer » un attentat aux abords de la capitale, dans un espace vert un peu indéfini (le Bois de Vincennes). Ce choix lui permet de garder une liberté, une distance abstraite face aux circonstances réelles du drame d’alors, et par là d’universaliser son propos.

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De « Cyrano » à « Edmond » , petite histoire littéraire d’un écho triomphal

Comment expliquer qu’une pièce de théâtre puisse un jour obtenir un degré de popularité inouï au point de devenir un phénomène de société ?

N’est-il pas singulier que deux comédies « héroïques » aussi intimement liées que Cyrano de Bergerac, créé par Edmond Rostand en 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin et Edmond, créé par Alexis Michalik en 2016 au Théâtre du Palais-Royal, bénéficient pour une large part du même itinéraire triomphal ?

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« Ayka », de Sergey Dvortsevoy : travailler ou mourir

On avait quitté Sergey Dvortsevoy sur une excellente impression. Tulpan, son premier long-métrage de fiction, doublement récompensé – prix Un Certain Regard et prix (défunt) de l’Éducation Nationale au Festival de Cannes –, nous avait ravis. C’était il y a dix ans. En 2008. Depuis, plus rien.

L’histoire tragi-comique de Tulpan devait alors se confondre dans notre esprit avec la possible destinée de son auteur, que l’on imaginait rendu à la simplicité de la vie agraire de la steppe kazakhe de ses origines.

Et puis, voilà qu’au printemps dernier, le cinéaste présenta un nouvel (et second) opus à Cannes, où il reçut le prix d’interprétation féminine pour la jeune Samal Yeslyamova, extraordinaire dans le rôle-titre.

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« Rafiki », de Wanuri Kahiu

Ce film est une curiosité cinématographique. Ce n’est pas tant le thème qui le rend singulier (une rencontre entre deux jeunes femmes qui devient une histoire d’amour et d’attirance réciproque), ni même la forme (qui essaie d’associer la naïveté de la romance à la violence des conventions sociales), mais son origine : c’est un film tourné au Kenya, à Nairobi, et il montre comment la naissance du sentiment amoureux peut heurter les préjugés hétérosexuels.

Cette histoire qui peut paraître assez stéréotypée devient intéressante quand elle permet l’immersion dans une réalité très différente, cette société africaine plutôt aisée, à la fois dynamique et marquée par des conventions masculines pesantes et souvent méprisantes.

L’appel à la tolérance que lance le film touche lorsqu’il est allié à un regard précis sur les mécanismes sociaux et sur la façon dont le système social est structuré.

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« Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda

Kairi Jyo dans « Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda © Wild Bunch Germany

La famille habite depuis longtemps l’œuvre du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda. Quelle que soit la forme qu’il lui prête – groupe endeuillé (Distance, 2001 ; Still walking, 2008), fratrie abandonnée (Nobody knows, 2004) ou séparée (I wish, nos vœux secrets, 2011), famille déchirée (Tel père, tel fils, 2013 ; Après la tempête, 2017) ou recomposée (Notre petite sœur, 2015), le réalisateur en questionne le sens et s’interroge sur ce qui, au juste, fait famille.

Ce qui relie vraiment, entre loi sanguine et lien civil, entre la biologie qui oblige et l’alliance que l’on noue librement.

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« Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller

Le troisième film de Pierre Schoeller peut absolument intéresser des enseignants, que cela soit dans le cadre d’un cours de lettres comme dans celui d’un cours d’histoire.

Le film se situe entre la prise de la Bastille et la décapitation de Louis XVI et ces balises sont précisément représentées dans le film de façon à constituer précisément un début et une conclusion.

C’est ce qui guide le récit : comment est-on passé de la prise de la Bastille à la mort du roi ? Quand cette mort est-elle devenue nécessaire ? Pour qui ? Selon quels principes, avec quelle philosophie ?

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