Emily Brontë en France

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

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Bécassine au cinéma : la Huronne de la République

Bruno Podalydès ose le double pari de porter à nouveau à l’écran les aventures d’Annaick Labornez, dite Bécassine, dont les aventures se sont déclinées dans une série à succès de 1913 à 1962.

Pari d’une part, car, faut-il s’en souvenir, le tournage à Trégastel et Ploumanac’h du premier film éponyme de Pierre Caron en 1939 avait subi moult contrariétés, victime, au premier chef, de l’ire des autonomistes bretons.

Pari d’autre part, car, l’héroïne comique de Caumery et Pinchon, demeure dans l’inconscient collectif hexagonal un personnage de livres illustrés tout à la fois daté et stéréotypé.

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« L’homme qui tua Don Quichotte », de Terry Gilliam

"L'Homme qui tua Don Quichotte", de Terry GilliamComment adapter le Don Quichotte de Cervantès ? Comment rendre le foisonnement de ses multiples péripéties, ses farces burlesques, et surtout comment traduire le rapport entre la réalité référentielle et l’illusion tenace du Chevalier à la Triste Figure, le naïf, l’idéaliste, l’innocent par excellence ?

Cette mission impossible a tenté de nombreux cinéastes depuis les premiers temps jusqu’à nos jours, et leur a valu de grandes difficultés. C’est pourquoi on doit saluer avec admiration et émotion l’aboutissement du projet de Terry Gilliam et la sortie de son film L’homme qui tua Don Quichotte, après vingt-cinq ans de tribulations en tous genres.

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Découvrir les principes de l’écriture du scénario à partir d’« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel CollardeyUne année polaire paraît comporter deux films en un. Le récit principal s’articule autour de la première année d’un jeune instituteur au Groënland, dans le village de Tiniteqilaaq. Le spectateur suit sa volonté de découverte, son désir de fuir l’univers familial, son installation difficile dans un territoire dont il ne possède pas la langue, mais aussi son adaptation progressive et finalement réussie.

Il s’agit ici d’un récit d’apprentissage, de découverte de l’autre par le biais de l’opposition entre cultures.

Chacun, dans l‘espace d’un an, fait un pas vers l’autre : l’instituteur cherche à mieux comprendre cette micro-société repliée sur elle-même et surtout très éloignée du monde urbain ; les enfants et les habitants, peu à peu, se rapprochent du jeune instituteur, prennent quelque chose de son énergie et de son envie de partager.

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« Trois visages », de Jafar Panahi

Comme toujours, l’argument est simple. Son développement, ample et subtil.

Une célèbre actrice iranienne (Behnaz Jafari dans son propre rôle) reçoit une sinistre vidéo dans laquelle une adolescente, aspirante comédienne, implore son aide contre sa famille conservatrice… avant de se pendre.

Sous le choc, mais cependant sceptique quant à la chute du message, la star sollicite l’appui du cinéaste Jafar Panahi (en personne), qui l’emmène en voiture vers le village montagnard de la jeune fille, afin d’élucider le mystère.

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« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel Collardey © Ad Vitam

« Une année polaire », de Samuel Collardey © Ad Vitam

Le cinéma de Samuel Collardey, inscrit aux dispositifs d’éducation à l’image proposés par l’Éducation nationale et l’Institut français (MyFrenchFilmFestival, Prix Jean-Renoir des lycéens, Collège au cinéma), cultive le même jardin depuis dix ans. Chacun de ses films s’enracine dans un milieu socio-professionnel méconnu du héros et narre une histoire de paternité et de filiation contrariée.

Qu’il soit apprenti-paysan (L’Apprenti, 2008), aspirant footballeur (Comme un lion, 2013), pêcheur reconverti (Tempête, 2016) ou comme ici instituteur débutant, le personnage principal doit toujours faire l’apprentissage des autres pour convaincre et faire groupe.

Ce principe dramaturgique culmine même dans Une année polaire, puisqu’à l’écueil culturel et à l’éloignement géographique s’ajoute la barrière linguistique pour Anders, vingtenaire danois, parti enseigner sa langue aux jeunes Inuits d’un village du Groenland (Tiniteqilaaq). Très vite, l’ardeur du néo-professeur se refroidit à la glaciale atmosphère ambiante ; l’enthousiasme premier fait place aux doutes, à la solitude, au rejet. De ses élèves d’abord, qui le méprisent ouvertement, puis des adultes qui le considèrent comme un représentant de l’État colonisateur.

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« En guerre », de Stéphane Brizé

"En guerre", de Stéphane BrizéLe Festival de Cannes, où le huitième long-métrage de Stéphane Brizé (Une vie, 2016 ; La Loi du marché, 2015) est présenté mardi 15 mai en compétition officielle, apparaît comme une chambre d’écho des cinématographies de la planète autant que des soubresauts qui l’agitent.

Conflits religieux, malaise des banlieues, crises identitaires, tragédies migratoires, désastres écologiques, ou comme ici désordres économiques et âpres batailles syndicales, sont des sujets qui ont servi de cadre à nombre d’histoires douloureuses et autant de films magnifiques.

Voir les trois dernières Palme d’or : Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Moi, Daniel Blake (Ken Loach, 2016), The Square (Ruben Östlund, 2017).

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« Everybody knows », d’Ashgar Farhadi, ou l’engrenage du ressentiment

"Everybody knows", d'Ashgar FarhadiUn talent certain, des interprètes magnifiques et une histoire de secrets de famille comme Ashgar Farhadi sait si bien les mettre en scène, avec un dialogue permanent entre le passé et le présent, font que ce film a d’ores et déjà toutes les chances de figurer au palmarès du 71e Festival de Cannes. Car Farhadi sait mieux que personne envisager tous les aspects d’une situation, les motivations de chacun des personnages, et éviter tout manichéisme. On s’en était rendu compte dans son premier succès mondial : Une séparation.

Pourtant ce film-ci laisse une certaine insatisfaction. Il mérite de garder son titre espagnol Todos lo saben, car il a été tourné en Espagne avec un casting exclusivement espagnol et raconte un drame familial.

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