« Britannicus » à la scène, à l’écran, au lycée

Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc, Laurent Stocker dans "Britannicus" © Comédie-Française

Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc, Laurent Stocker dans « Britannicus » mis en scène par Stéphane Braunschweig © Comédie-Française, 2018

Le Britannicus de Stéphane Braunschweig achève ce mois-ci sa carrière sur la scène de la Comédie-Française après deux ans de représentation, la version filmée projetée en salle cet été est désormais à la disposition de tous les enseignants qui souhaitent montrer la pièce à leurs élèves, et le texte de Racine reste bien sûr en lecture libre et permanente pour tous ceux qui désirent connaitre l’œuvre.

Ces trois approches de Britannicus, même si elles sont complémentaires et interactives, n’offrent pas les mêmes formes de sensation ou de compréhension, et c’est une gageure pour un enseignant de passer d’un mode de connaissance à un autre.

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« Dilili à Paris », de Michel Ocelot

"Dilili à Paris", de Michel OcelotLes Trois Inventeurs, le premier court-métrage en 1979 de Michel Ocelot, futur « père » de Kirikou, brosse une histoire terrifiante. Au XVIIIe siècle, trois membres d’une même famille, passionnés de technologie, inventent d’étranges machines : un ballon dirigeable, une machine à coudre, un oiseau mécanique…

Incompris de tous, les trois originaux sont condamnés et exécutés. Le message est clair. Le progrès inquiète. Les forces conservatrices préfèrent le repli aux audaces de l’aventure humaine. Contre la bêtise obscurantiste, le cinéaste exalte l’esprit d’ouverture, le goût du nouveau, le plaisir du rêve. Contre la haine, il invite à la tolérance, à l’écoute et au respect d’autrui.

Son film (aujourd’hui visible sur Internet), modèle de créativité graphique à l’image des trouvailles de son trio d’inventeurs, apparaît comme un hommage rendu au génie humain et à sa capacité d’innover, de créer pour s’élever et avancer. Les grands hommes qui l’ont inspiré avaient pour noms Denis Papin, Antoine Lavoisier, les frères Robert, Barthélemy Thimonnier, Joseph-Marie Jacquard…

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« Amin », de Philippe Faucon

"Amin", de Philippe FauconLa question migratoire est au centre d’un nombre (hélas) croissant de documentaires et de fictions.

Welcome (Philippe Lioret, 2009), Fuocoammare (Gianfranco Rosi, 2016), L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki, 2017), Human Flow (Ai Weiwei, id.), Une saison en France (Mahamat-Saleh Haroun, 2018) ou Transit (Christian Petzold, id.) sont quelques-uns de ces films inquiets, à l’image encore de La Villa (2017), le dernier opus de Robert Guédiguian qui s’interrogeait pour sa part sur le devenir d’une poignée d’enfants venus trouver refuge sur son arche de l’Estaque, lui-même déjà bien à la dérive…

Sans prétendre résoudre quoi que ce soit, le cinéma raconte des vies, des destins brisés, des êtres en fuite, en lutte, en souffrance. Il donne chair et à comprendre. Il modèle un visage à la foule lointaine, grosse, anonyme. Il rapproche, fait lien, donne du sens. Il tente enfin de tempérer les passions, de susciter l’empathie, d’éloigner les peurs, de combattre la haine et l’aspiration au repli.

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« Mary Shelley », de Haïfaa Al-Mansour, ou l’encre noire de la mélancolie

Elle Faning dans "Mary Shelley", de Haifaa Al Mansour © Pyramide distribution

Elle Faning dans « Mary Shelley », de Haifaa Al Mansour © Pyramide distribution

Avec Frankenstein Mary Shelley propulsait l’esprit des Lumières dans le XIXe siècle, et sans doute ne le savait-elle pas, au-delà. Puisque son médecin illuminé et sa créature devaient embraser de leur lumière sombre tout l’imaginaire des deux siècles à venir.

Il semble toutefois que ce ne soit moins la force du mythe qui ait intéressé la réalisatrice du bio pic Mary Shelley, Haifaa Al-Mansour, que les ressorts intimes de la création artistique. Dans un monde sans Dieu, le mythe importe moins que la vérité des êtres.

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Le théâtre au cinéma, ou la Comédie-Française pour tous

Pathé Live : la Comédie-Française au cinémaDepuis 2016, la Comédie-Française, en partenariat avec Pathé Live, retransmet certaines de ses pièces  en direct au cinéma. Le concept était né au milieu des années 2005 lorsque Pathé – déjà – avait initié la retransmission en direct d’opéras, répondant aux attentes d’un vaste public de mélomanes privés de  théâtres musicaux dans leurs lieux de vie et écartés des grandes salles par les prix pratiqués à l’Opéra Bastille ou au Palais Garnier.

Avec l’opération Théâtre au cinéma la démocratisation de la culture s’étend et s’oriente davantage vers les jeunes publics, puisque l’une des grandes innovations de ces retransmissions théâtrales est, outre d’avoir lieu en direct, d’être proposées à la demande des enseignants qui peuvent avec le cinéma de leur ville organiser une projection pour leurs élèves quelques semaines après la première diffusion publique, et cela au tarif scolaire en vigueur dans la salle.

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« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel Mouret

« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel MouretEmmanuel Mouret est un cinéaste français qui, jusqu’à aujourd’hui, s’est épanoui dans le genre de la comédie. On l’associe très souvent à l’adjectif rohmérien, car dans son cinéma la parole est cruciale et détermine la mise en scène.

Les personnages explicitent leurs sentiments au moment même où ils naissent, sans toutefois parvenir à exprimer leur vérité et à ne pas se mentir. L’humour provient alors de ce décalage entre sentir et dire, aimer et séduire, s’approcher du corps de l’autre et réussir à le toucher.

C’est toutefois très réducteur, tant Mouret s’appuie sur une histoire du cinéma français plus ample qu’un simple nom, et qui passe par le sensualisme de Jean Renoir comme par la férocité de la formule chère à Sacha Guitry. Mademoiselle de Joncquières confirme un changement dans son œuvre : la comédie n’est plus le genre prédominant.

Mouret cherche surtout l’émotion ou l’émoi du sentiment amoureux, et la palette s’est élargie, de la rencontre à la séparation, voire à l‘amertume de la séparation. Les personnages d’aristocrates de son dernier film permettent d’inscrire ses préoccupations dans un autre cadre historique et culturel. Le siècle des Lumières, ses troubles et sa recherche d’analyse, est l’occasion de donner une autre profondeur à ses récits.

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« Mary Shelley », de Haifaa Al Mansour, excellent biopic et genèse d’une œuvre majeure

« Mary Shelley », de Haifaa Al MansourPeu de romans ont été aussi mal compris, aussi dénaturés que Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) et peu d’auteurs ont été aussi méconnus que son auteur Mary Shelley. I

l faut dire qu’elle était la fille de William Godwin – grand philosophe et romancier britannique – et de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et la compagne du jeune poète Percy Bysshe Shelley. Et pourtant, reconnu dès sa parution, le texte est si bien écrit et son intrigue si fascinante qu’il n’a jamais cessé d’être un bestseller.

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« De chaque instant », de Nicolas Philibert

"De chaque instant", de Nicolas Philibert © Les Films du LosangeEn 2002, sortait Être et avoir, le documentaire de Nicolas Philibert sur une école à classe unique située en milieu rural.

Pour ses qualités formelles et son regard attentif, le film est demeuré une référence en la matière. Lequel s’approchait comme rarement de l’acte d’enseigner et donnait à voir l’importante humanité de la transmission, l’éveil à la connaissance, le plaisir de la découverte de soi.

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