« So long, my son », de Wang Xiaoshuai

So long, my son, de Wang Xiaoshuai, a été fort justement remarqué lors de la dernière édition du Festival de Berlin en février dernier.

Et ses deux principaux comédiens dûment récompensés – Ours d’argent de la meilleure actrice pour Yong Mei et du meilleur acteur pour Wang Jingchun – pour leur prestation dans le douzième long-métrage du réalisateur chinois.

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« Douleur et Gloire », de Pedro Almodóvar, entre nostalgie et catharsis

Pedro Almodóvar en 2013 © Paola Ardizzoni / Emilio Pereda

Toute l’œuvre de Pedro Almodóvar pourrait s’intituler Volver. Elle se nourrit de nostalgie, de regrets, et a pour moyen d’expression principal le flash back. Sa figure centrale en est la mère, la femme de sa vie, qu’il a tant admirée et à qui il doit, malgré sa pauvreté, la culture et la ténacité qui le caractérisent.

Il a donc décidé de raconter dans son cinéma « tout sur sa mère ». Ou sur celles des autres, Julieta par exemple, qui a tant de mal à trouver l’harmonie avec sa fille. Que la vraie mère du cinéaste joue dans ses films ou non, c’est à elle qu’est dédiée toute cette œuvre de piété filiale et de difficile libération d’une emprise acceptée.

La mort de Franco, la Movida, l’explosion de la jeunesse espagnole sont les étapes de cette émancipation.

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« Douleur et Gloire », de Pedro Almodóvar, créer par-dessus tout

Pedro Almodóvar en 2011 © Pathé Distribution

Le dernier film de Pedro Almodóvar a étonné les critiques et le public par la sincérité de sa confession et la force de ses émotions. Le cinéaste espagnol a pourtant toujours cherché à susciter chez ses spectateurs des émotions fortes et durables.

C’est ce qui explique en grande partie son goût pour les genres cinématographiques, dont ses films récents ont pu donner une idée : thriller proche de l’épouvante (La piel que habito), comédie (Les Amants passagers), mélodrame qui embrasse plusieurs époques (Julieta).

L’aspect tragique du destin de ses personnages y est souvent présent, et l’attraction du drame ainsi que la solidité du schéma dramaturgique sont cependant des constantes du travail d’Almodóvar.

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« Le Jeune Ahmed », de Jean-Pierre et Luc Dardenne

L’un des principaux mérites du cinéma de Jean-Pierre et Luc Dardenne est de ne jamais devancer les intentions de leurs protagonistes.

Souvent placée derrière eux, leur caméra les suit docilement, épouse les contours de leurs trajectoires chaotiques, s’efforce d’en saisir le corps, l’énergie, et de les contenir dans le cadre de jeu. Manière de faire de la mise en scène un espace propre à circonscrire, à définir le sujet existant (thèmes et personnages).

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« The Dead Don’t Die ». Jim Jarmusch ou la subversion des genres cinématographiques

Jim JarmuschOn sait depuis Tabou de Jacques Tourneur (Walking with a zombie, 1943) – dont l’atmosphère angoissante est destinée à agir comme la magie vaudou – et les films de George Romero que le genre du film de zombies peut donner des chefs-d’œuvre.

Plus récemment dans Dernier train pour Busan, de Yeun Sang-Ho (2017), à la fois métaphore morale, sociale et politique, les zombies incarnent la contagion de l’agressivité et de l’égoïsme. Leur monstruosité physique met en évidence la monstruosité morale latente des gens dits normaux dans une société dite civilisée.

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« Les Météorites », de Romain Laguna

L’été. Le sud.

Nina, 16 ans, travaille dans un parc d’attractions. Une mère vaguement présente, quelques rares sorties, l’adolescente s’ennuie.

Morad, frère d’une de ses collègues, apparaît soudain. Elle s’en amourache, découvre la sexualité, avant que le garçon ne s’éclipse brutalement. Perdue, Nina poursuit seule son chemin…

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« Gloria Bell », de Sebastián Lelio

1er mai : Fête du travail… et des femmes au cinéma.

Sortaient ce mercredi-là sur les écrans rien moins que cinq longs-métrages dont le héros est une héroïne : Alice T. de Radu Muntean, Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska (lire également la critique), Her Job de Nikos Labôt, Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, et Gloria Bell de Sebastián Lelio.

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« Monrovia, Indiana », de Frederick Wiseman

Le dernier film du documentariste Frederick Wiseman est souvent présenté dans la presse comme une exploration de l’Amérique trumpienne – c’est-à-dire celle qui lui a permis d’être élu et qu’il symbolise. Wiseman délaisse alors la description des institutions culturelles pour se plonger au sein d’une Amérique anonyme, éternelle, dont le paysage essentiellement agricole, à peine rayé de quelques routes, semble ne fluctuer qu’au gré des saisons et du rythme des pluies.

Dans le portrait continu que ses films dressent de son pays, Wiseman ne s’intéresse plus à la place de la culture et de l’éducation (c’était son film précédent, Ex Libris : The New York Public Library), ni à l’articulation politique des différentes cultures ou communautés (In Jackson Heights). Ces deux films se déroulaient dans sa ville, New York. Celui-ci s’intéresse précisément à son envers : non une mégalopole mais une toute petite bourgade d’à peine un millier d’habitants ; non la formation intellectuelle mais le travail des champs et des animaux ; non un cœur bouillonnant mais un village à l’écart, jaloux et soucieux de cet écart justement.

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