« En guerre », de Stéphane Brizé

"En guerre", de Stéphane BrizéLe Festival de Cannes, où le huitième long-métrage de Stéphane Brizé (Une vie, 2016 ; La Loi du marché, 2015) est présenté mardi 15 mai en compétition officielle, apparaît comme une chambre d’écho des cinématographies de la planète autant que des soubresauts qui l’agitent.

Conflits religieux, malaise des banlieues, crises identitaires, tragédies migratoires, désastres écologiques, ou comme ici désordres économiques et âpres batailles syndicales, sont des sujets qui ont servi de cadre à nombre d’histoires douloureuses et autant de films magnifiques.

Voir les trois dernières Palme d’or : Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Moi, Daniel Blake (Ken Loach, 2016), The Square (Ruben Östlund, 2017).

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« Everybody knows », d’Ashgar Farhadi, ou l’engrenage du ressentiment

"Everybody knows", d'Ashgar FarhadiUn talent certain, des interprètes magnifiques et une histoire de secrets de famille comme Ashgar Farhadi sait si bien les mettre en scène, avec un dialogue permanent entre le passé et le présent, font que ce film a d’ores et déjà toutes les chances de figurer au palmarès du 71e Festival de Cannes. Car Farhadi sait mieux que personne envisager tous les aspects d’une situation, les motivations de chacun des personnages, et éviter tout manichéisme. On s’en était rendu compte dans son premier succès mondial : Une séparation.

Pourtant ce film-ci laisse une certaine insatisfaction. Il mérite de garder son titre espagnol Todos lo saben, car il a été tourné en Espagne avec un casting exclusivement espagnol et raconte un drame familial.

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« Transit », de Christian Petzold, la guerre aux réfugiés, sous l’Occupation et aujourd’hui

"Transit", de Christian PetzoldOn peut entrer dans le nouveau long-métrage du réalisateur allemand Christian Petzold (Barbara, 2012 ; Phoenix, 2015) par son générique de fin, déroulé au son de Road to Nowhere de Talking Heads (1985). On se souvient, le leader du groupe, David Byrne, se livrait dans le clip illustrant le célèbre morceau à un simulacre de course à pied (statique), sorte de fuite éperdue, sans fin. De fait, les images vidéo, et les incertitudes du lieu et du destin qui traversent les paroles de la chanson, résument parfaitement l’esprit de Transit.

Le film de Petzold est librement adapté du roman homonyme de sa compatriote, l’écrivaine Anna Seghers (1900-1983). L’œuvre de cette dernière, publiée en 1944 et en partie autobiographique, situe l’action à Marseille, en 1940. Là, dans ce bout de territoire français encore en zone libre, se presse une foule hétérogène – déserteurs, juifs, communistes, artistes, opposants au régime nazi – déterminée à échapper à la Wehrmacht et à embarquer vers les Amériques…

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« Mes provinciales », de Jean-Paul Civeyrac

"Mes provinciales", de Jean-Paul CiveyracD’où vient que Mes provinciales, le neuvième long-métrage de Jean-Paul Civeyrac – l’histoire d’un jeune homme venu étudier le cinéma à Paris –, possède le charme tonifiant d’une première œuvre ?

D’où vient que ses images, magnifiquement cadrées, nous touchent autant ?

Serait-ce l’effet de son principe romanesque ? Le choix du récit de formation comme genre d’une intrigue située au cœur de la Capitale ? Sa chronique de la vie estudiantine ?

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« Mektoub, my love : canto uno », d’Abdellatif Kéchiche, un long moment d’éblouissement

"Mektoub, my love : canto uno", d’Abdellatif KéchicheLa sortie d’un film du talentueux Abdellatif Kéchiche ne passe jamais inaperçu. Comme La graine et le mulet (2007), Vénus noire (2010) et La Vie d’Adèle (2013), Mektoub, my love : canto uno arrive sur les écrans chargé de sa petite odeur méphitique émanant des fâcheries entre le réalisateur et ses partenaires financiers.

Nous passerons, bien sûr, sur ce qui finit par apparaître comme une douloureuse (mais nécessaire) méthode de travail, et laisserons aux gazettes gourmandes de potins le loisir de dévoiler les dessous du litige pour nous intéresser à ce qui fait la spécificité de la cinématographie de Kéchiche : sa durée filmique, comme moyen d’explorer les possibilités de l’être.

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« La Prière », de Cédric Kahn, un acte de foi dans la jeunesse éprouvée

Cédric Kahn est un des meilleurs réalisateurs français actuels. Des récits de faits de société comme Roberto Zucco (2001) ou Vie sauvage (2014), de très belles adaptations comme celle de L’Ennui d’Alberto Moravia (1998) l’ont fait reconnaître par la profession et par le public. Il aime les intrigues hors du commun et les personnages asociaux, marginaux ou retirés du monde. Il traite ici un sujet délicat : la désintoxication et la réinsertion de jeunes drogués.

Thomas, un garçon de vingt-deux ans, arrive dans une communauté isolée en pleine montagne qui reçoit d’anciens toxicomanes pour les réadapter. Son visage balafré, en gros plan, est la première image que nous voyons. Il dénote l’état physique et moral pitoyable d’un garçon blessé, révolté, incapable de communiquer. Sa détresse saute aux yeux.

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« Phantom Thread », de Paul Thomas Anderson, ou l’art de bâtir une intrigue

"Phantom Thread", de Paul Thomas AndersonDans le Londres des années 50, le célèbre couturier Reynolds Woodcock (appréciez le jeu de mots ironique et l’hommage à Hitchcock) habille la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les gens du monde.

Mannequins et maîtresses se succèdent dans sa vie, mais seules deux femmes comptent vraiment: sa sœur tout d’abord, sa complice de toujours et son bras droit, et le fantôme de sa mère, qui l’obsède.

Il ne vit que pour son travail et crée des robes uniques, de véritables œuvres d’art dont chacune recèle un message secret, un fil caché (phantom thread), une maxime occulte, connue de lui seul. Et, sur lui, il porte en permanence, cousues dans une couture de sa veste, une mèche de cheveux et la photo de sa mère.

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