« Amanda », de Mikhaël Hers

« Amanda », de Mikhaël HersLe sujet d’Amanda est assez classique, la façon qu’a le cinéaste de le traiter l’est beaucoup moins. Un jeune homme, David (Vincent Lacoste), doit s’occuper de sa petite nièce de neuf ans, Amanda, après le décès brutal de sa mère, Sandrine, tuée dans un attentat.

Les récits de deuil sont courants, les prises de conscience et les témoignages de responsabilité également. Quant à la relation enfant-adulte, elle constitue un axe dramatique très fréquent. L’enjeu du film est de se placer dans un contexte politique contemporain brûlant et de le désactiver pour préférer une forme de délicatesse qui permet de décrire un bouleversement intime.

Il serait pourtant excessif et caricatural de dire que l’attentat n’est qu’un prétexte. Il est absolument essentiel que ce soit un attentat et non un accident de voiture, par exemple. Hers veut montrer le climat d’une grande ville aujourd’hui pour ériger son film en antidote, voire en contre-modèle. Il faut absolument qu’il y ait un fondement politique pour que l’énergie solaire et positive que dispense le film puisse apparaître comme un acte de foi, une décision morale face à la vie, et non comme une légèreté.

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« Heureux comme Lazzaro », d’Alice Rohrwacher

Heureux comme Lazzaro est un film rare à plus d’un titre : réalisé par une jeune cinéaste italienne qui n’a même pas encore quarante ans, il fait entendre une voix étonnante dans le cinéma européen. Alice Rohrwacher ne cherche pas à faire de la psychologie, mais dresse un constat sans appel de la décadence italienne et de la fracture au sein de son pays.

Elle n’arbore pas un message écologique ou féministe, mais montre avec finesse la force immémoriale de la nature et la façon dont les hommes et les femmes la vivent et la sentent. Elle veille à parler de ce qu’elle voit et ressent à l’instant présent, mais la direction réaliste de son film et de sa parole est sans cesse tressée à une appréhension illimitée pour tout ce qui est de l’ordre de la légende, de la croyance (pas seulement de la foi), d’un ordre suprahumain dans lequel baigne notre existence.

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« Suspiria », de Luca Guadagnino, le sublime et l’horreur

Après Call me by your name (2017) et A bigger splash (2015), remake de La Piscine de Jacques Deray, on n’attendait pas du cinéaste italien Luca Guadagnino une plongée dans le fantastique horrifique de Dario Argento, le roi du thriller, du gore et de l’horreur.

Pourtant ce réalisateur le fascine depuis l’enfance et il a enfin osé relever le défi de tenter une nouvelle version de Suspiria, le film le plus abouti de la trilogie formée avec Inferno et La troisième mère.

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Les institutions culturelles et l’Éducation nationale

On assiste depuis une dizaine d’années à une impressionnante augmentation de l’offre d’accompagnement pédagogique de la part des institutions culturelles d’État : théâtres, musées, bibliothèques.

Accès facilité pour les publics scolaires, tarifs particulièrement bas, aménagement de rencontres, de conférences, dossiers à disposition, partout en France les relais culturels de l’État, à commencer par les DRAC, déploient une belle énergie pour rapprocher le monde de l’éducation, enseignants et élèves, du monde des arts et des artistes.

Théâtres nationaux à Paris, scènes nationales et scènes conventionnées en province, musées nationaux ou régionaux accompagnent souvent avec imagination et intelligence la volonté de l’État de doter au maximum l’ensemble des territoires d’outils d’actions culturelles auprès des plus jeunes. On peut pourtant douter de l’efficacité réelle de ces ressources, tout comme de leur finalité ultime.

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« Britannicus » à la scène, à l’écran, au lycée

Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc, Laurent Stocker dans "Britannicus" © Comédie-Française

Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc, Laurent Stocker dans « Britannicus » mis en scène par Stéphane Braunschweig © Comédie-Française, 2018

Le Britannicus de Stéphane Braunschweig achève ce mois-ci sa carrière sur la scène de la Comédie-Française après deux ans de représentation, la version filmée projetée en salle cet été est désormais à la disposition de tous les enseignants qui souhaitent montrer la pièce à leurs élèves, et le texte de Racine reste bien sûr en lecture libre et permanente pour tous ceux qui désirent connaitre l’œuvre.

Ces trois approches de Britannicus, même si elles sont complémentaires et interactives, n’offrent pas les mêmes formes de sensation ou de compréhension, et c’est une gageure pour un enseignant de passer d’un mode de connaissance à un autre.

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« Dilili à Paris », de Michel Ocelot

"Dilili à Paris", de Michel OcelotLes Trois Inventeurs, le premier court-métrage en 1979 de Michel Ocelot, futur « père » de Kirikou, brosse une histoire terrifiante. Au XVIIIe siècle, trois membres d’une même famille, passionnés de technologie, inventent d’étranges machines : un ballon dirigeable, une machine à coudre, un oiseau mécanique…

Incompris de tous, les trois originaux sont condamnés et exécutés. Le message est clair. Le progrès inquiète. Les forces conservatrices préfèrent le repli aux audaces de l’aventure humaine. Contre la bêtise obscurantiste, le cinéaste exalte l’esprit d’ouverture, le goût du nouveau, le plaisir du rêve. Contre la haine, il invite à la tolérance, à l’écoute et au respect d’autrui.

Son film (aujourd’hui visible sur Internet), modèle de créativité graphique à l’image des trouvailles de son trio d’inventeurs, apparaît comme un hommage rendu au génie humain et à sa capacité d’innover, de créer pour s’élever et avancer. Les grands hommes qui l’ont inspiré avaient pour noms Denis Papin, Antoine Lavoisier, les frères Robert, Barthélemy Thimonnier, Joseph-Marie Jacquard…

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« Amin », de Philippe Faucon

"Amin", de Philippe FauconLa question migratoire est au centre d’un nombre (hélas) croissant de documentaires et de fictions.

Welcome (Philippe Lioret, 2009), Fuocoammare (Gianfranco Rosi, 2016), L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki, 2017), Human Flow (Ai Weiwei, id.), Une saison en France (Mahamat-Saleh Haroun, 2018) ou Transit (Christian Petzold, id.) sont quelques-uns de ces films inquiets, à l’image encore de La Villa (2017), le dernier opus de Robert Guédiguian qui s’interrogeait pour sa part sur le devenir d’une poignée d’enfants venus trouver refuge sur son arche de l’Estaque, lui-même déjà bien à la dérive…

Sans prétendre résoudre quoi que ce soit, le cinéma raconte des vies, des destins brisés, des êtres en fuite, en lutte, en souffrance. Il donne chair et à comprendre. Il modèle un visage à la foule lointaine, grosse, anonyme. Il rapproche, fait lien, donne du sens. Il tente enfin de tempérer les passions, de susciter l’empathie, d’éloigner les peurs, de combattre la haine et l’aspiration au repli.

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