« The Dead Don’t Die ». Jim Jarmusch ou la subversion des genres cinématographiques

Jim JarmuschOn sait depuis Tabou de Jacques Tourneur (Walking with a zombie, 1943) – dont l’atmosphère angoissante est destinée à agir comme la magie vaudou – et les films de George Romero que le genre du film de zombies peut donner des chefs-d’œuvre.

Plus récemment dans Dernier train pour Busan, de Yeun Sang-Ho (2017), à la fois métaphore morale, sociale et politique, les zombies incarnent la contagion de l’agressivité et de l’égoïsme. Leur monstruosité physique met en évidence la monstruosité morale latente des gens dits normaux dans une société dite civilisée.

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« Les Météorites », de Romain Laguna

L’été. Le sud.

Nina, 16 ans, travaille dans un parc d’attractions. Une mère vaguement présente, quelques rares sorties, l’adolescente s’ennuie.

Morad, frère d’une de ses collègues, apparaît soudain. Elle s’en amourache, découvre la sexualité, avant que le garçon ne s’éclipse brutalement. Perdue, Nina poursuit seule son chemin…

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« Gloria Bell », de Sebastián Lelio

1er mai : Fête du travail… et des femmes au cinéma.

Sortaient ce mercredi-là sur les écrans rien moins que cinq longs-métrages dont le héros est une héroïne : Alice T. de Radu Muntean, Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska (lire également la critique), Her Job de Nikos Labôt, Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, et Gloria Bell de Sebastián Lelio.

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« Monrovia, Indiana », de Frederick Wiseman

Le dernier film du documentariste Frederick Wiseman est souvent présenté dans la presse comme une exploration de l’Amérique trumpienne – c’est-à-dire celle qui lui a permis d’être élu et qu’il symbolise. Wiseman délaisse alors la description des institutions culturelles pour se plonger au sein d’une Amérique anonyme, éternelle, dont le paysage essentiellement agricole, à peine rayé de quelques routes, semble ne fluctuer qu’au gré des saisons et du rythme des pluies.

Dans le portrait continu que ses films dressent de son pays, Wiseman ne s’intéresse plus à la place de la culture et de l’éducation (c’était son film précédent, Ex Libris : The New York Public Library), ni à l’articulation politique des différentes cultures ou communautés (In Jackson Heights). Ces deux films se déroulaient dans sa ville, New York. Celui-ci s’intéresse précisément à son envers : non une mégalopole mais une toute petite bourgade d’à peine un millier d’habitants ; non la formation intellectuelle mais le travail des champs et des animaux ; non un cœur bouillonnant mais un village à l’écart, jaloux et soucieux de cet écart justement.

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« Dieu existe, son nom est Petrunya », de Teona Strugar Mitevska

Il est des films dont l’économie dramatique est inversement proportionnelle à l’intensité qu’elle génère. La modestie des moyens mis en œuvre conduit à un heureux resserrement de l’intrigue, interdisant toute ligne de fuite inutile.

Dieu existe, son nom est Petrunya, cinquième long-métrage de Teona Strugar Mitevska, une cinéaste macédonienne méconnue en France, est de ceux-là. En l’occurrence, son film s’appuie sur une contextualisation simple, efficace, inspirée de la règle des trois unités.

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François Truffaut, « Chroniques d’“Arts Spectacles”, 1954-1958 »

Écrivain de cinéma

Voilà des pages de passion et de polémiques, de parti-pris et d’éreintements, de lances rompues et de défenses pleines de panache. François Truffaut que l’on découvre dans ce recueil de critiques est un jeune homme ardent, souvent en colère, mais aussi prompt à rendre hommage, à dire son admiration quasi filiale à l’égard de cinéastes que l’on considère alors comme « vieillis ».

Ces vieillards se nomment Abel Gance, Jean Renoir, Sacha Guitry ou Fritz Lang. Le jeune critique, qui apprend son métier dans l’hebdomadaire Arts-Spectacles, célèbre leurs œuvres. Et déjà, dans son apologie du cinéma qui sort des studios, qui retrouve le soleil, il annonce le jeune cinéma, celui de Varda avec La Pointe courte, de Louis Malle avec Les Amants, et surtout de Vadim avec Et dieu créa la femme.

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« L’Adieu à la nuit », d’André Téchiné

À côté des conflits familiaux, le motif de la transition juvénile traverse une bonne part de l’œuvre d’André Téchiné. Des Roseaux sauvages (1994) à Quand on a 17 ans (2016), le réalisateur en a exploré les ressorts, les troubles et les ivresses, les rêves et les violences.

Le déchirement de l’intime, fragile moment où tout bascule et verse progressivement dans l’après, est sans nul doute ce qui caractérise le mieux son travail sur la jeunesse. La découverte du corps et l’éveil à la sexualité imprègnent son cinéma d’un sensualisme animal, partagé entre l’ombre et la lumière des sentiments, les gestes instinctifs et l’élan vers la douceur. Les décors, la nature et ses éléments, y jouent un rôle de prime importance.

C’est encore le cas dans son nouveau long-métrage de fiction, vingt-troisième de sa carrière et le plus stimulant depuis longtemps, L’Adieu à la nuit. Sauf que la nature, pourtant omniprésente, est cette fois ignorée des jeunes protagonistes, et la sensualité absente de leur existence. Et pour cause, ils – Alex (Kacey Mottet Klein) et Lila (Oulaya Amamra) – ont décidé de se livrer au jihad.

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« La Flor », de Mariano Llinas, florilège, anthologie ou brassée d’histoires ?

Une corolle composée de quatre pétales : les quatre comédiennes, vedettes à tour de rôle d’histoires sans dénouement ; un pistil : une histoire qui commence et se termine ; et une tige : l’histoire qui commence à la moitié et se termine avec le film.

Tel est le sens très pédagogique de cette ébauche de fleur, dessinée d’entrée de jeu par le cinéaste Mariano Llinas, qui figure sur l’affiche : elle nous donne la structure narrative du film. Est-ce d’ailleurs bien d’un film qu’il s’agit avec cette œuvre d’une ambition immodérée ?

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