Emily Brontë en France

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

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Zao Wou-Ki. L’espace est silence

Sidney Waintrob, Zao Wou-Ki dans son atelier de la rue Jonquoyen en 1967, devant les peintures 29.09.64 et la première version de 21.09.64, 1967. Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris 2018Photo Sidney Waintrob, Budd Studio© David Stekert, Budd Studio, 2018

Sidney Waintrob, Zao Wou-Ki dans son atelier de la rue Jonquoyen en 1967, devant les peintures 29.09.64 et la première version de 21.09.64, 1967. Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris 2018Photo Sidney Waintrob, Budd Studio© David Stekert, Budd Studio, 2018

Les expositions consacrées à l’œuvre du peintre sino-français Zao Wou-Ki (1920-2013), sont rares. Si rares (la dernière au Jeu de Paume remonte à quinze ans) que la rétrospective organisée actuellement par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris fait figure d’événement majeur. Et ce, pas seulement pour fait d’exception muséale.

Les quarante œuvres – huiles sur toile et (quelques) encres sur papier – exposées dans les quatre salles (seules disponibles pour cause de travaux) de l’institution parisienne, sont toutes des pièces exceptionnelles, tant par leur grand format que par leur qualité.

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Bécassine au cinéma : la Huronne de la République

Bruno Podalydès ose le double pari de porter à nouveau à l’écran les aventures d’Annaick Labornez, dite Bécassine, dont les aventures se sont déclinées dans une série à succès de 1913 à 1962.

Pari d’une part, car, faut-il s’en souvenir, le tournage à Trégastel et Ploumanac’h du premier film éponyme de Pierre Caron en 1939 avait subi moult contrariétés, victime, au premier chef, de l’ire des autonomistes bretons.

Pari d’autre part, car, l’héroïne comique de Caumery et Pinchon, demeure dans l’inconscient collectif hexagonal un personnage de livres illustrés tout à la fois daté et stéréotypé.

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« L’homme qui tua Don Quichotte », de Terry Gilliam

"L'Homme qui tua Don Quichotte", de Terry GilliamComment adapter le Don Quichotte de Cervantès ? Comment rendre le foisonnement de ses multiples péripéties, ses farces burlesques, et surtout comment traduire le rapport entre la réalité référentielle et l’illusion tenace du Chevalier à la Triste Figure, le naïf, l’idéaliste, l’innocent par excellence ?

Cette mission impossible a tenté de nombreux cinéastes depuis les premiers temps jusqu’à nos jours, et leur a valu de grandes difficultés. C’est pourquoi on doit saluer avec admiration et émotion l’aboutissement du projet de Terry Gilliam et la sortie de son film L’homme qui tua Don Quichotte, après vingt-cinq ans de tribulations en tous genres.

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Enseignement, culture et spectacle vivant

Le BanquetPlus que jamais il relève de la mission de l’Éducation nationale de former la jeunesse à la culture vivante. Nous vivons dans un monde saturé de spectacles, d’événements, de créations, d’arts multiples et nouveaux, et nous oublions que cette offre surabondante, caractéristique de notre société et de la culture de consommation, comme l’a défini très tôt Anna Harendt, est inédite dans l’histoire.

Cette offre pléthorique est aussi liée à un besoin de création artistique polymorphe rarement connu dans le passé et qui sollicite de plus en plus des langages non littéraires : les corps, les sons, les images, la photographie, la vidéo, le numérique… De ce fait, plus que jamais Éducation nationale et Culture doivent coopérer.

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« Bouvard et Pécuchet », de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

"Bouvard et Pécuchet", de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

Micha Lescot (Bouvard) et Jérôme Deschamps (Pécuchet)

« Classiques : on est censé les connaître », écrit Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Et de fait on est censé connaître Bouvard et Pécuchet, mais on pardonnera désormais à celui qui n’ayant pas lu le roman aura vu l’adaptation qu’en donne Jérôme Deschamps au Théâtre de la Ville.

Cette adaptation est en effet fidèle sinon à la lettre du texte du moins à l’esprit du roman, et les libertés  de réduction, transposition ou invention que prend Jérôme Deschamps, loin de  choquer ou décevoir, ajoutent de la malice à l’œuvre pour rendre au centuple à Flaubert ce qu’il nommait sa « prétention à être comique ».

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« Le Musée imaginaire de Marcel Proust », d’Eric Karpeles

Vermeer, "Vue de Delft" (1661), Mauritshuis, La Haye

Vermeer, « Vue de Delft » (1661), Mauritshuis, La Haye

Proust, chacun le sait, entretient un rapport intime, profond, à l’art, et à la peinture en particulier, moyen de sublimer le réel. Une phrase du Temps retrouvé, citée en épigraphe, le rappelle : « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition. »

En s’autorisant d’un tel aveu, le peintre et critique américain Eric Karpeles, s’est lancé, dès 2009, dans une scrupuleuse recension commentée des œuvres citées dans la Recherche, travail repris en 2017 dans une édition somptueusement illustrée (plus de deux cents reproductions de plus de cent peintres), sous couverture cartonnée et avec un titre qui renvoie à Malraux, Le Musée imaginaire de Marcel Proust.

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Découvrir les principes de l’écriture du scénario à partir d’« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel CollardeyUne année polaire paraît comporter deux films en un. Le récit principal s’articule autour de la première année d’un jeune instituteur au Groënland, dans le village de Tiniteqilaaq. Le spectateur suit sa volonté de découverte, son désir de fuir l’univers familial, son installation difficile dans un territoire dont il ne possède pas la langue, mais aussi son adaptation progressive et finalement réussie.

Il s’agit ici d’un récit d’apprentissage, de découverte de l’autre par le biais de l’opposition entre cultures.

Chacun, dans l‘espace d’un an, fait un pas vers l’autre : l’instituteur cherche à mieux comprendre cette micro-société repliée sur elle-même et surtout très éloignée du monde urbain ; les enfants et les habitants, peu à peu, se rapprochent du jeune instituteur, prennent quelque chose de son énergie et de son envie de partager.

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