« Bouvard et Pécuchet », de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

"Bouvard et Pécuchet", de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

Micha Lescot (Bouvard) et Jérôme Deschamps (Pécuchet)

« Classiques : on est censé les connaître », écrit Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Et de fait on est censé connaître Bouvard et Pécuchet, mais on pardonnera désormais à celui qui n’ayant pas lu le roman aura vu l’adaptation qu’en donne Jérôme Deschamps au Théâtre de la Ville.

Cette adaptation est en effet fidèle sinon à la lettre du texte du moins à l’esprit du roman, et les libertés  de réduction, transposition ou invention que prend Jérôme Deschamps, loin de  choquer ou décevoir, ajoutent de la malice à l’œuvre pour rendre au centuple à Flaubert ce qu’il nommait sa « prétention à être comique ».

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« Le Musée imaginaire de Marcel Proust », d’Eric Karpeles

Vermeer, "Vue de Delft" (1661), Mauritshuis, La Haye

Vermeer, « Vue de Delft » (1661), Mauritshuis, La Haye

Proust, chacun le sait, entretient un rapport intime, profond, à l’art, et à la peinture en particulier, moyen de sublimer le réel. Une phrase du Temps retrouvé, citée en épigraphe, le rappelle : « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition. »

En s’autorisant d’un tel aveu, le peintre et critique américain Eric Karpeles, s’est lancé, dès 2009, dans une scrupuleuse recension commentée des œuvres citées dans la Recherche, travail repris en 2017 dans une édition somptueusement illustrée (plus de deux cents reproductions de plus de cent peintres), sous couverture cartonnée et avec un titre qui renvoie à Malraux, Le Musée imaginaire de Marcel Proust.

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Découvrir les principes de l’écriture du scénario à partir d’« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel CollardeyUne année polaire paraît comporter deux films en un. Le récit principal s’articule autour de la première année d’un jeune instituteur au Groënland, dans le village de Tiniteqilaaq. Le spectateur suit sa volonté de découverte, son désir de fuir l’univers familial, son installation difficile dans un territoire dont il ne possède pas la langue, mais aussi son adaptation progressive et finalement réussie.

Il s’agit ici d’un récit d’apprentissage, de découverte de l’autre par le biais de l’opposition entre cultures.

Chacun, dans l‘espace d’un an, fait un pas vers l’autre : l’instituteur cherche à mieux comprendre cette micro-société repliée sur elle-même et surtout très éloignée du monde urbain ; les enfants et les habitants, peu à peu, se rapprochent du jeune instituteur, prennent quelque chose de son énergie et de son envie de partager.

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« Trois visages », de Jafar Panahi

Comme toujours, l’argument est simple. Son développement, ample et subtil.

Une célèbre actrice iranienne (Behnaz Jafari dans son propre rôle) reçoit une sinistre vidéo dans laquelle une adolescente, aspirante comédienne, implore son aide contre sa famille conservatrice… avant de se pendre.

Sous le choc, mais cependant sceptique quant à la chute du message, la star sollicite l’appui du cinéaste Jafar Panahi (en personne), qui l’emmène en voiture vers le village montagnard de la jeune fille, afin d’élucider le mystère.

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Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène de « L’Avare », de Molière, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans "L'Avare", de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde© Pascal Gély

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans « L’Avare », de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde © Pascal Gély

À peine rentré de Turin où il reprend ces jours-ci son double spectacle lyrique, savant couplage du Secret de Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari (1921) et de La Voix humaine de Francis Poulenc (1959), le metteur en scène et directeur de la Comédie de Reims (CDN), Ludovic Lagarde, revient pour l’École des lettres sur sa création rémoise de L’Avare en 2014.

Un « Avare de choc », prévient-on, à l’affiche durant tout le mois de juin au théâtre de l’Odéon à Paris.

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« L’Avare », de Molière, selon Ludovic Lagarde

On ne va pas voir L’Avare pour découvrir un texte, pas davantage pour retrouver des sensations scolaires, moins encore pour  réviser ses classiques, on y va avec l’espoir fou d’une surprise, d’un inédit, d’un original, et la mise en scène de Ludovic Lagarde vous comble, vous séduit, vous convainc.
Car on est bien chez Harpagon, mais non dans une maison du XVIIe siècle mais dans un entrepôt d’aujourd’hui, son entreprise,  un lieu plein de cartons, de palettes, et de manutentionnaires portant l’écusson H sur leur blouse grise. Tandis que les  affaires marchent silencieusement, mystérieusement, Harpagon, l’œil sur la vidéo surveillance fixée en permanence sur son jardin, le fusil toujours à portée de main, songe sans cesse au secret de son argent.

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« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel Collardey © Ad Vitam

« Une année polaire », de Samuel Collardey © Ad Vitam

Le cinéma de Samuel Collardey, inscrit aux dispositifs d’éducation à l’image proposés par l’Éducation nationale et l’Institut français (MyFrenchFilmFestival, Prix Jean-Renoir des lycéens, Collège au cinéma), cultive le même jardin depuis dix ans. Chacun de ses films s’enracine dans un milieu socio-professionnel méconnu du héros et narre une histoire de paternité et de filiation contrariée.

Qu’il soit apprenti-paysan (L’Apprenti, 2008), aspirant footballeur (Comme un lion, 2013), pêcheur reconverti (Tempête, 2016) ou comme ici instituteur débutant, le personnage principal doit toujours faire l’apprentissage des autres pour convaincre et faire groupe.

Ce principe dramaturgique culmine même dans Une année polaire, puisqu’à l’écueil culturel et à l’éloignement géographique s’ajoute la barrière linguistique pour Anders, vingtenaire danois, parti enseigner sa langue aux jeunes Inuits d’un village du Groenland (Tiniteqilaaq). Très vite, l’ardeur du néo-professeur se refroidit à la glaciale atmosphère ambiante ; l’enthousiasme premier fait place aux doutes, à la solitude, au rejet. De ses élèves d’abord, qui le méprisent ouvertement, puis des adultes qui le considèrent comme un représentant de l’État colonisateur.

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