« Yossi », d’Eytan Fox

yossi-eytan-foxAvec Yossi, l’Israélien Eytan Fox, réalisateur des films cultes Tu marcheras sur l’eau (2004) et The Bubble (2007), poursuit sa peinture tout en finesse des relations amoureuses homosexuelles.

Yossi est la suite d’un film antérieur, très remarqué à sa sortie en 2002, Yossi et Jagger, l’histoire d’un couple d’hommes traversant les tourmentes du service militaire. Le film se terminait sur la mort au Liban de Jagger sans que Yossi, son supérieur et amant, ait rien pu faire pour le sauver. Le cinéaste nous fait ici retrouver Yossi dix ans après – toujours interprété par Ohad Knoller –, plongé dans une dépression profonde.

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Sexualité et politique

Dans les deux films précédents, la question de l’orientation sexuelle était intriquée avec les problèmes politiques, offrant une vision très moderne d’un pays où la culture homosexuelle est liée aux relations entre Israéliens et Palestiniens (The Bubble fait allusion à la « bulle », surnom de Tel Aviv), ou entre Israéliens et Allemands dans Tu marcheras sur l’eau.

Mais le nouveau film d’Eytan Fox est centré sur l’homosexualité et le retour à la vie d’un homme qui n’a pas réussi à sortir du deuil depuis la mort de son ami, d’un homme qui souffre en permanence, y compris en exerçant son métier de cardiologue, auquel il consacre toute son énergie. Le cœur est décidément au centre de l’intrigue, au propre et au figuré.

Avec beaucoup de tact et de sensibilité, le réalisateur sonde les sentiments de ce personnage, qui vit seul à Tel Aviv, assume mal son homosexualité, et a pour seul ami un autre chirurgien – son extrême opposé –, dragueur patenté qui tente en vain de le sortir de sa prostration (Lior Ashkenazi interprète avec humour ce rôle). L’événement qui va l’en tirer est un trajet en voiture vers Eilat pour des vacances forcées, pendant lequel il prend en stop un groupe de soldats et rencontre un beau garçon, Tom (Oz Zehavi), assumant avec détermination mais sans ostentation son homosexualité.

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Une histoire d’amour universelle

Le scénario, particulièrement travaillé, insiste sur l’analyse psychologique du deuil et sur le mécanisme complexe du retour à la vie. Il raconte une histoire d’amour universelle qui dépasse largement le cadre de l’homosexualité.

Le voyage dans le sud du pays, filmé en plans larges qui contrastent avec les gros plans du visage douloureux de Yossi, devient à la fois la thérapie du chagrin d’amour persistant et une initiation, comme si les paysages bibliques de la Mer morte, des déserts de Judée et du Néguev jouaient leur rôle traditionnel de purification morale et quasi mystique. Et celui qui lui fait retrouver le goût de vivre avec une délicatesse extrême se présente comme le sauveur providentiel qui va accomplir le miracle de le ramener à la vie. Cette dimension mystique était déjà présente dans le titre de Tu marcheras sur l’eau.

En cette période où la France est divisée sur la question du mariage homosexuel, il est intéressant de constater que, dans un État où l’armée tient une si grande place et où il était autrefois inimaginable d’être soldat et homosexuel, plus personne ne s’offusque du fait que des officiers gradés affichent officiellement leur homosexualité. Peut-être justement grâce aux films d’Eytan Fox.

Sa mission accomplie, il peut à présent changer de thématique. Son prochain film, au titre provisoire de Bananoth (Les Bananes, avec Édouard Baer) sera une comédie contant les aventures de cinq jeunes et jolies Israéliennes qui participent à un concours musical très kitsch. Quel virage !

Anne-Marie Baron

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