« Wuthering Heights » («Les Hauts de Hurle-Vent»), d’Andrea Arnold

Affiche Les Hauts de HurleventDe 1920 à 2011, le cinéma a beaucoup fait pour populariser l’unique roman d’Emily Brontë, immense succès de librairie dès sa sortie en 1847.

Mais beaucoup de ces adaptations ne traitent pas les quarante années de l’histoire, s’arrêtant à la première génération de personnages.

De plus, elles faussent la tonalité du roman, réduit aux amours contrariées des deux héros, sans traiter la vengeance impitoyable d’Heathcliff (c’est le cas notamment de celle, particulièrement édulcorée, de William Wyler en 1939, avec Merle Oberon et Laurence Olivier).

Seul Jacques Rivette, quoique transposant l’intrigue dans le midi de la France, donne, dans Hurlevent (1985) une idée des sanglantes rivalités familiales qui s’ensuivent.

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Une version engagée

Andrea Arnold, réalisatrice britannique remarquée pour ses deux premiers films Red Road (2006) et Fish Tank (2009), a également choisi de traiter seulement la première partie. Pour simplifier la narration, compliquée dans le roman par les points de vue de deux témoins, elle adopte le regard d’Heathcliff, dont elle fait un fils d’esclave noir adopté par M. Earnshaw, père d’Hindley et de Cathy.

Elle confie le rôle d’Heathcliff adulte au comédien de couleur James Howson, comme pour appliquer les principes d’Emily Brontë sur l’évolution, la race et les classes sociales, propres à accentuer l’inégalité entre les protagonistes et les risques de vengeance.

Elle donne au roman toute sa dimension sauvage, soulignée par les critiques de l’époque, en situant le film dans le nord du Yorkshire, dans une vieille ferme sans aucun confort, qui contraste fortement avec Thrushcross Grange, la maison des Linton, cossue et confortable comme l’étaient celles des familles riches au XVIIIe siècle.

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La nature en action

Sa touche personnelle réside surtout dans la présence massive de la nature, vue tantôt en larges plans d’ensemble de la lande, tantôt en gros plans sur les petits animaux, gibier, chiens, oiseaux, papillons…

Le vent est certainement l’acteur principal du film, tandis que la boue, la pluie, la nuit y jouent un rôle central. Cathy et Heathcliff apparaissent de ce fait, par leur jeunesse instinctive et impétueuse, comme des forces de la nature lancées dans le tourbillon des passions mais bridées par la morale religieuse, les préjugés sociaux et les conventions bourgeoises.

Cathy s’y laisse emprisonner, mais pour mieux protéger des mauvais traitements de son frère son ami de cœur, dont l’incompréhension et la jalousie vont causer tous les drames à venir.

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Une sombre histoire

De grandes oppositions structurent le film et ne cessent de s’inverser : noir et blanc, sale et propre, laid et beau, sauvage et civilisé. L’animalité omniprésente dans cette nature en mouvement perpétuel, la violence ambiante font de ces deux enfants innocents une image du couple originel ou de nouveaux Paul et Virginie.

Une sexualité primitive les habite et emporte le film. Surtout dans la première partie, où les jeunes Solomon Glove et Kaya Scodelario ne cessent de courir, de se battre dans la lande ou de rouler dans la boue. La lumière naturelle, la bande-son qui reproduit admirablement tous les bruits de la nature y contribuent beaucoup. Même si le clair-obscur des scènes d’intérieur ajoute une touche plus picturale. C’est ainsi qu’Andrea Arnold a pu rendre la cruauté, la solitude et la passion qui caractérisent le roman.

Le mélodrame un peu mièvre des autres films fait place ici à une sombre histoire de maltraitance raciste, d’obsession fatale et de désespoir tragique, sans égaler pourtant la noirceur du texte, qui éclate dans sa deuxième partie.

Le naturalisme appuyé de la mise en scène, avec ses longs plans de champs verdoyants, de blés ondulants et d’ailes bourdonnantes constitue son style propre, on pourrait même dire sa forme originale de sophistication.

Anne-Marie Baron

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• « Les Hauts de Hurle-Vent » dans la collection « Classiques abrégés » à l’école des loisirs.

• Un dossier de « l’École des lettres » consacré aux « Hauts de Hurle-Vent », d’Emily Brontë, dans la collection « Classiques abrégés ».

 

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