« To Rome with love », de Woody Allen

Après Londres et Paris, c’est à Rome que Woody Allen a décidé de poursuivre sa tournée des capitales européennes avec un titre en forme de dédicace qui reprend celui d’une série télévisée à succès de 1969. Mais son hommage à la ville éternelle, s’il témoigne d’une admiration fervente, ne se prend pas au sérieux pour autant.

Le premier guide choisi est un agent de la circulation qui arbore des poses de statue gréco-romaine au centre d’une place-carrefour où les vespas sont un clin d’œil à Vacances romaines de William Wyler (1953) et à Journal intime de Nanni Moretti (1993). Observatoire privilégié qui lui donne une vue imprenable sur la vie quotidienne des Romains et des touristes ou résidents américains qu’il nous révèle.

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Une série d’aventures désopilantes

Les Italiens s’appellent Luca-Luchino, Leonardo, Michelangelo, Pisanello, emblèmes du grand cinéma et de la peinture des génies de la péninsule. Les Américains ont des noms plus neutres, même si l’amie de sa copine, croqueuse d’hommes que le jeune étudiant Jack (Jesse Eisenberg) accepte imprudemment d’accueillir chez lui, s’appelle Monica (Ellen Page). Il ne tarde pas à tomber éperdument amoureux d’elle, ravivant chez l’architecte John (Alec Baldwin), en vacances à Rome – son mentor, sa conscience et notre second guide –, le souvenir d’une de ses histoires d’amour les plus douloureuses.

Au même moment, Jerry (Woody himself), metteur en scène d’opéra à la retraite, atterrit à Rome avec sa femme Phyllis pour rencontrer Michelangelo, fiancé italien de leur fille Hayley, et tombe en pâmoison devant la voix de ténor de son père. Tandis qu’un jeune couple venu de Pordenone (encore un clin d’œil à la ville-phare du cinéma muet italien) pour occuper une situation dans l’entreprise familiale, va se trouver embarqué dans une série d’aventures désopilantes, et que M. tout le monde (Leopoldo Pisanello/Roberto Benigni) va devenir subitement et de manière inexplicable la coqueluche des médias.

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Une juxtaposition d’intrigues

À son habitude, Woody Allen met en scène différentes intrigues, mais cette fois, au lieu de les entrelacer, il les juxtapose par un simple montage parallèle destiné à mettre en évidence les inénarrables méprises qui découlent des aléas de la vie, comme dans la commedia dell’arte.

Pas de personnages communs, seulement des motifs partagés qui lui sont chers, l’adultère obligatoire et la fatale infidélité, liés à l’inconséquence humaine ; l’obsession de ne pas vieillir qui pousse aux excès les plus ridicules ; les tics de la psychanalyse ; la folie médiatique, avec les inévitables paparazzi qui jettent leur dévolu au hasard sur n’importe qui et en font leur proie.

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Derniers feux ?

Le cadre romain, on le voit, n’empêche pas le cinéaste de continuer à mettre en scène ses obsessions habituelles sous une forme toujours aussi impeccable et jubilatoire. Des dialogues pétillants, un rythme enlevé, une bande-son qui juxtapose la chansonnette d’Al Martino (« Volare… oh, oh!… Cantare… oh, oh, oh, oh! Nel blu, dipinto di blu ») et les grands opéras de Verdi. Mais le scénario un peu faible empêche le film de rivaliser avec la grande comédie à l’italienne, incarnée par Roberto Benigni ; Woody Allen ne le cherche d’ailleurs pas, se contentant d’une savoureuse escapade touristique et d’un divertissement léger, servi par une distribution exceptionnelle.

Tandis que son retour devant la caméra est marqué par le jeu appuyé à dessein de l’ancien stand-up comedian, propre à accentuer une grinçante autodérision ; comme si son vibrant hommage à toutes les formes de l’art italien faisait ressortir ses propres travers d’artiste vieillissant et obsessionnel qui jette ses derniers feux en se parodiant lui-même.

Anne-Marie Baron 

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