Théâtre : des ressources pour former à l’art d’être spectateur

© Théâtre du Rond-Point

L’exemple du Théâtre du Rond-Point

Trop peu d’enseignants encore osent pousser la porte d’un théâtre ou prendre leur téléphone pour rencontrer les responsables des relations avec les publics scolaires.

Dans un récent entretien, Joëlle Watteau, en charge de ces relations au Théâtre du Rond-Point nous a expliqué pourquoi il ne fallait pas avoir peur, pourquoi les contacts pouvaient être infinis dans leurs formes, leurs sujets, leur durée, leur niveau, leurs finalités, pourquoi, enfin, à l’image des collaborations multiformes du Théâtre du Rond-Point avec les enseignants, il fallait propager cette flamme des rencontres et des partenariats partout sur le territoire.

Développer les rencontres avec les auteurs,
metteurs en scène et comédiens

La conviction fondamentale derrière toutes ces actions, c’est que chacun a à gagner de ces liens créés entre l’artiste et son public. S’il peut arriver que des problèmes de financement se posent, les vraies questions sont toujours de l’ordre du désir, du projet, de la disponibilité.

Bien préparée en amont, une rencontre avec des comédiens, auteurs ou metteurs en scène est toujours possible au Rond-Point, et certains spectacles sont accompagnés de dossiers pédagogiques conçus non pas pour augmenter le travail scolaire mais pour enrichir le plaisir du spectateur.

Le Rond-Point est d’ailleurs à l’origine de la collection « Pièces démontées » née en 2003 en partenariat avec l’Éducation nationale et le réseau Canopé, dossiers qui aujourd’hui sont l’une des meilleures sources offertes à un enseignant pour suivre la scène contemporaine et nourrir ses cours au-delà parfois des seuls classiques. Ce ne sont pas moins de trente pièces par an qui entrent au catalogue (plus de trois cents au total), représentées durant l’année et pas seulement à Paris.

L’art pour grandir

Mais un théâtre peut offrir autre chose : il peut aussi aller auprès des élèves. Le Rond-Point, comme d’autres théâtres, fait partie du dispositif « L’art pour grandir » mis en place en 2009 par la Ville de Paris entre certains établissements culturels et les établissements scolaires demandeurs, afin de sensibiliser élèves du primaire et collégiens aux formes à la vie culturelle. Cette année c’est 60 heures d’atelier théâtral que le Rond-Point assure dans un collège parisien autour de son spectacle « Prévert, spectacle musical et poétique » représenté prochainement.

De même, avec un lycée de la capitale c’est un comité de lecture que des élèves élaborent avec à terme la joie de voir leur texte retenu, mis en espace et lu sur la scène de leur établissement. Ailleurs c’est encore un travail d’écriture théâtrale que le Rond-Point pilote avec l’un de ses auteurs associés. On le voit, toute collaboration est possible, toute idée est matérialisable.

Joelle Watteau aime à rendre hommage aux enseignants et professeurs documentalistes qui, fort de leur liberté pédagogique ont à cœur de proposer des sorties, des rencontres, des activités en relation avec le théâtre à leurs classes. L’effort du Rond-Point en direction des scolaires n’est pas négligeable : c’est un nombre de places significatifs qui leur sont réservées, selon la nature des spectacles dans la grande salle Jean-Louis-Barrault (près de 750 places) ou les plus petites, Jean-Tardieu ou Roland-Topor, c’est 12 000 élèves par an qui sont accueillis dans un théâtre qui, porté par l’amour des auteurs, a une capacité de programmation prodigieuse faisant de lui un « festival qui dure dix mois par an ». Enfin c’est un tarif étudié, accessible pour l’élève ou l’établissement, a fortiori dans le cadre d’un abonnement.

Mieux former à l’art d’être spectateur

Cela dit, le public scolaire c’est non seulement des élèves mais aussi des professeurs et le Rond-Point participe aussi à la formation des enseignants. Partenaire de l’ANRAT (Association nationale de recherche et d’action théâtrale) soutenu par le ministère de l’Éducation nationale, le Rond-Point facilite l’accès à des formations de pratiques et d’études théâtrales en milieu éducatif.

L’art d’être spectateur devrait plus nettement entrer dans la formation des futurs enseignants. Les ÉSPÉS et les établissements appelés à leur succéder devraient intégrer l’initiation à la vie culturelle, au spectacle vivant, à la création contemporaine. Pour que des élèves aient la chance de bénéficier de sorties au théâtre, il faut des enseignants formés aux spectacles, gagnés aux joies et vertus de la culture hors l’école.

Le Rond-Point ne se veut pas unique, et d’ailleurs la liste est longue des théâtres partenaires de programmes d’ouverture culturelle comme Transversarts sait en proposer en région Île-de-France. En province aussi des centres dramatiques – il serait trop long de les citer tous – n’attendent que des enseignants enthousiastes et entreprenants. Si réintroduire le plaisir et la motivation en classe est un objectif pédagogique, alors cette réforme passe par une fréquentation plus importante des théâtres et des artistes.

Pascal Caglar

• Théâtre du Rond-Point : les relations avec le public.

• Le site de l’Anrat.

Les institutions culturelles et l’Éducation nationale, par Pascal Caglar.

Enseignement, culture et spectacle vivant, par Pascal Caglar.

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