« Le Petit-Maître corrigé », de Marivaux, à la Comédie-Française

"Le Petit Maître corrigé", de Marivaux, à la Comédie-Française

Sur la trentaine de pièces que nous a laissé Marivaux cinq ou six sont d’absolus chefs d’œuvres, à peu près autant constituent de très belles réussites, témoignant d’un grand sens de la scène, les autres sont d’habiles constructions non dépourvues d’intérêt, des variations sur des thèmes à la mode, comportant parfois de beaux moments de grâce mais n’apportant rien à la gloire du dramaturge.

C’est le cas de ce Petit-Maître corrigé qui a été créé par les Comédiens-Français en 1734 puis, en raison d’un total insuccès, retiré après seulement deux représentations, et que reprend aujourd’hui la maison de Molière dans une mise en scène de Clément Hervieu-Léger.

Lire la suite

« Œdipe roi », de Pasolini, pas à pas

"Œdipe roi", de Pier Paolo PasoliniL’objet de cet article n’est pas de comparer la pièce de Sophocle et le film de Pier Paolo Pasolini, ni de chercher à caractériser à tout prix quelle sorte d’adaptation Pasolini a créée. Ce n’est pas le degré de fidélité qui nous préoccupe ici. Nous chercherons plutôt à envisager le film de Pasolini comme une entité singulière qui s’efforce de raconter sa propre histoire avec les moyens du cinéma.

Ceux-ci ne sont pas un vecteur qui permet de conduire la fiction, c’est l’enjeu même de la fiction. Cette notion peut être difficile à faire passer auprès des élèves, aussi essaierons-nous de nous trouver au plus près du geste narratif et fictionnel de Pasolini pour comprendre comment sa conception du récit permet d’inventer des trouvailles poétiques absolument cinématographiques.

Le texte de Sophocle se trouve évidemment en arrière-plan de notre travail, mais il n’en est pas le moteur privilégié. Le cœur est constitué par les images de Pasolini, la façon dont il prend en charge les corps et dont il attise et provoque constamment les émotions du spectateur.

Lire la suite

« Les Damnés », d’après Luchino Visconti, à la Comédie-Française

Création des "Damnés", d'après Luchino Visconti au festival d'Avignon en juillet 2016 © Jan Versweyveld / Comédie-Française

Création des « Damnés », d’après Luchino Visconti, au festival d’Avignon en juillet 2016 © Jan Versweyveld / Comédie-Française

Voir le théâtre, ce n’est pas lire le théâtre : l’un rencontre les sens, l’autre l’esprit. Les Damnés, de Luchino Visconti, adaptés par Nicola Badalucco et Enrico Medioli et mis en scène par Ivo van Hove à la Comédie-Française, plus encore qu’une rencontre, c’est un choc qui saisit de stupeur et de fascination.

Le caractère impressionnant de la pièce, de sa mise en scène, du jeu de ses acteurs, du déroulement inexorable de l’action, constitue un grand moment de théâtre. Même si la pièce est fidèle au scénario du film, le langage dramatique, ses codes et ses possibilités  font de cette adaptation un objet de théâtre techniquement inédit, et essentiellement archaïque.

Lire la suite

« Bleu-Blanc-Rouge, l’A-démocratie », de et par Nicolas Lambert

3241471599355Toute ressemblance avec des faits réels ou avec des personnes existantes ou ayant existé est volontaire. Bleu-Blanc-Rouge, l’A-démocratie n’est pas une fiction. C’est un documentaire théâtral en trois parties : Elf, la pompe Afrique ; Avenir radieux. Une fission française ; Le Maniement des larmes.

Reprises successivement jusqu’à la fin du mois de décembre au Théâtre de Belleville, à Paris, ces trois pièces s’interpénètrent et forment un tout. Elles racontent une histoire, la nôtre, celle qu’on ne lit pas dans les manuels scolaires.

De la Françafrique au commerce des armes en passant par le lobby militaro-industriel du nucléaire, elles décryptent les relations particulières qu’entretiennent les dirigeants de la Ve République avec des hommes de l’ombre.

Lire la suite

« Traviata. Vous méritez un avenir meilleur », de Benjamin Lazar, d’après Verdi

"Traviata. Vous méritez un avenir meilleur", mis en scène par Benjamin Lazar © Pascal Victor/Artcomart

« Traviata. Vous méritez un avenir meilleur », mis en scène par Benjamin Lazar © Pascal Victor/Artcomart

Benjamin Lazar a mis en scène au théâtre des Bouffes du Nord une version réduite et adaptée de l’opéra de Verdi qui tourne maintenant en province jusqu’en mars 2017. Cet opéra célèbre était lui-même inspiré du roman d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias, publié en 1848.

Sans foule sur scène ni fosse d’orchestre devant le public, rien ne nous éloigne du drame de cette femme entretenue qui se convertit à l’amour, se sacrifie entièrement pour lui, et l’élève encore plus haut.

Lire la suite

« Le Client », d’Asghar Farhadi, Oscar du meilleur film étranger 2017

« Le Client », d’Asghar Farhadi, Des cris, un store entrebaillé par un homme qui regarde par la fenêtre : un plan-séquence étourdissant de virtuosité nous entraîne dans l’escalier et nous fait sortir d’urgence d’un immeuble qui menace de s’effondrer. Emad et Rana quittent à la hâte leur appartement qui se lézarde.

Les voilà sans domicile et réduits à s’installer dans le théâtre où ils jouent ensemble La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Mais le régisseur leur propose un appartement qui vient de se vider de son occupante. Reconnaissants, ils s’y installent.

Lire la suite

« Juste la fin du monde », de Xavier Dolan, d’après Jean-Luc Lagarce

"Juste la fin du monde", de Xavier DolanPour un enseignant, le film de Xavier Dolan, réalisé en 2016 et disponible en dvd, peut être très utile : avec un casting composé de stars, il offre la possibilité à des adolescents d’avoir accès à une œuvre théâtrale moderne, que l’adaptation cinématographique permettrait de rendre accessible, moderne et peut-être plus séduisante.

« Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. » (Jean-Luc Lagarce.)

Le film n’est pas une captation d’une pièce de théâtre mais une adaptation, plus proche d’une vampirisation, où Xavier Dolan s’approprie la pièce écrite par Jean-Luc Lagarce en 1990, pour la faire connaître certes, pour montrer son goût des psychodrames et d’une écriture moderne et âpre, mais aussi pour approfondir son univers propre en utilisant un matériau façonné par un autre, et en le retaillant aux dimensions de son imaginaire.

Lire la suite

Le Grand Prix de Littérature dramatique jeunesse décerné à Nathalie Papin

nathalie-papinSous l’égide d’Artcena, Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre, le Grand Prix de Littérature dramatique jeunesse 2016 a été décerné à Léonie et Noélie, de Nathalie Papin publié dans la collection « Théâtre » de l’école des loisirs, dirigée par Brigitte Smadja. Ce prix a été créé pour témoigner de la richesse et de l’audace des écritures pour l’enfance et l’adolescence.

La cérémonie de remise a eu lieu le 17 octobre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, en présence des auteurs finalistes et de leurs éditeurs. Les élèves du Conservatoire, préparés par Robin Renucci, ont lu des extraits des œuvres retenues.

« Depuis des années, je mène un combat pour que soit reconnue la littérature dramatique pour la jeunesse.
Un combat toujours exaltant.
Hier, le Grand Prix de littérature dramatique pour la jeunesse a été remis à Nathalie Papin pour sa pièce « Léonie et Noélie ». Je m’en réjouis pour elle dont l’œuvre est déjà grande et d’une qualité rare.
Le théâtre, c’est une entrée dans un autre monde, dans la lecture à haute voix, dans le rapport aux autres, dans un partage incarné par des voix et des corps sur une scène, dans  une classe, une chambre, parfois même dans la rue.
Et le théâtre de Nathalie Papin est essentiellement cette parole donnée à dire à d’autres et pour d’autres que soi. »

Brigitte Smadja
directrice de la collection « Théâtre »

Lire la suite