2018, année du théâtre ?

Il y a quelques années les dissertations en khâgne ou au Capes portaient régulièrement sur le roman, ce genre polymorphe, assimilant tous les genres, toutes les formes, capable de tout intégrer, science ou poésie, document ou écriture intime, monologue ou polyphonie…

Il semble qu’aujourd’hui cette capacité à tout absorber, tout assimiler, tout sublimer, revienne au théâtre, nouveau genre total, hégémonique, conquérant, attirant à lui tous les arts de la scène et du spectacle.

Le théâtre s’approprie tous les modes d’expression artistique

Aristote distinguant les genres selon leur type d’imitation et leur type d’action est désormais bien ancien, et l’idée même de cloison, de hiérarchie et de distance est en train d’exploser sous la force d’un théâtre s’appropriant le cinéma, la danse, le chant, le cirque ou encore les arts de la rue.

À dire vrai, et malgré l’histoire littéraire qui insiste sur les séparations et les classements en genres et sous genres, le théâtre tient son essence depuis ses origines du mixage des formes, de leur alliance ou leur dialogue. On rappellera que la tragédie grecque est née d’une division du chœur, le protagoniste émergeant face au coryphée, le dialogue s’inventant à côté du chant, le face à face dramatique s’imposant à côté du groupe lyrique, et dans le monde occidental le théâtre s’est régulièrement ouvert à des genres mêlés : comédies-ballets, vaudeville, mélodrame, pantomime.

Aujourd’hui plus que jamais, les genres de la scène subissent l’attraction du théâtre, de sa base narrative (une histoire, une action), de ses personnages identifiés (des caractères), de sa dominante verbale (la parole). Même si la danse ou la musique sont des langages spécifiques, si l’acrobatie ou le mime ont aussi leurs langages propres, toutes ces formes sortent de leur isolement générique, de leurs lieux naturels, de leurs territoires d’origine pour une migration inédite vers une terre d’accueil généreuse : le théâtre.

Tout ce qui s’écrit ou se dit, tout ce qui s’exprime par le corps ou les usages du corps veut fatalement se faire un jour ou l’autre spectacle. Tout est à l’image du théâtre pour la jeunesse né au XVIIIe siècle : d’abord courts dialogues, simples pseudo-conversations retranscrites entre adultes et enfants, le dessein éducatif se sépare peu à peu de la narration et du discours pour se réclamer du drame, se structurer en scènes, et finalement se jouer entre amateurs sur de petits théâtres privés.

Ainsi la tendance se renforce année après année : le théâtre aspire tous les modes d’expression artistique : les genres s’articulent et se rassemblent, la technologie, visuelle ou acoustique, jette des ponts, les grandes scènes nationales, Chaillot, la Colline, la Comédie-Française, mais aussi de grandes scènes subventionnées, à Paris ou en province, tout en conservant leurs missions et leurs spécificités, s’enrichissent de langages différents. La scène est de plus en plus le lieu où tout peut se produire, où toutes les rencontres deviennent possibles.

Le spectacle vivant, concept clé de la culture d’aujourd’hui

Si l’école se donne de plus en plus comme objectif d’initier au monde contemporain, en histoire, en économie ou en art, si la littérature contemporaine figure en bonne place aux côtés d’œuvres anciennes ou classiques, il est impossible de s’initier au théâtre contemporain sans se rendre sur les lieux où sont données les créations. Lire le théâtre contemporain appelle un voir et entendre, parce que la scène est autre chose qu’une page, qu’une œuvre autre chose qu’un texte.

Plus largement, si le spectacle vivant devient un concept clé de la culture d’aujourd’hui, il ne peut s’imposer sans un réaménagement de la culture en milieu scolaire. Les rumeurs parlent de grand oral de sciences humaines et sociales pour le prochain bac (et plus seulement d’histoire-géographie). Une même réflexion devrait s’engager pour un élargissement des oraux de français à une épreuve de culture au sens large.

2018, année du spectacle vivant ? C’est bien parti du côté des artistes et dans les salles de théâtre, souhaitons le même élan du côté des salles de classe, des enseignants et des responsables de l’Éducation.

Pascal Caglar

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Lire sur ce site :

À quand le théâtre pour tous ? par Pascal Caglar.

Les sorties scolaires et la découverte du spectacle vivant, par Pascal Caglar.

 

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