« L’Hôtel du libre échange », de Georges Feydeau

Le XIXe siècle est aussi bien l’inventeur du théâtre de lecteurs, le théâtre (à lire) dans un fauteuil des romantiques, que du théâtre d’acteurs : le théâtre  à voir absolument sur scène, théâtre des vaudevillistes dont le succès croissant accompagna sous le Second Empire et la IIIe République l’ouverture effréné de salles de spectacle.

La version de L’Hôtel du libre échange offerte par la Comédie-Française dans une mise en scène d’Isabelle Nanty retrouve ces qualités de jubilation, de plaisir et de récréation pure qui firent les beaux jours de cette pièce couronnant Feydeau en 1894.

Lire la suite

« La Règle du jeu » à la Comédie-Française

"La Règle du jeu" à la Comédie-FrançaiseLa Règle du jeu dans la version de Christiane Jatahy donnée à la Comédie-Française ne peut séduire que quatre types de public : celui qui n’a jamais vu le film de Jean Renoir et l’intelligence brillante de sa composition, celui qui n’a pas vu Les Damnés d’Ivo Van Hove et la pertinence pénétrante de son usage de la vidéo, celui qui ne connaît pas la Comédie-Française et sa tradition de grands textes, et enfin celui qui est toujours content de tout, chaque spectacle étant pour lui une évasion tonifiante. Les autres auront bien du mal à taire leur déception.

Lire la suite

Renaissance d’un « Tartuffe » baroque en trois actes

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

L’histoire du Tartuffe de 1664 est celle d’une carrière interrompue. Représentée pour la première fois le 12 mai 1664 à la Cour, la pièce fut interdite par le roi dès le lendemain et n’a plus fait l’objet que de quelques représentations privées. Cinq ans de travail et de patience passèrent avant qu’elle ne soit donnée en public dans la version en cinq actes que nous connaissons : Tartuffe ou l’imposteur.

Molière avait « recouvert » ce premier Tartuffe que certains n’auraient su voir et l’avait amplifié. En 1669, le roi ayant pu établir une pacification des rapports entre son pouvoir, l’Église de France, la papauté, et les jansénistes, il autorisa la pièce et c’est cette dernière version qui resta dans l’histoire. La comédie n’était plus une satire des dévots et de la dévotion mais se présentait comme une dénonciation de la fausse dévotion, de l’imposture et de son immoralité.

La version initiale et interdite de 1664, telle que Georges Forestier et Isabelle Grellet l’ont reconstruite et mise en scène, reprend sa carrière et sera jouée en déclamation « historiquement informée », dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, le 24 avril prochain.

Lire la suite

« Le Misanthrope », de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger

"Le Misanthrope", de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française

« Le Misanthrope » à la Comédie-Française © Brigitte Enguerand

Après un étonnant Monsieur de Pourceaugnac aux Bouffes du nord en juin dernier, Clément Hervieu-Léger signe à la Comédie-Française une mise en scène du Misanthrope.

Depuis la première représentation en juin 1666, les mises en scène de cette pièce ont proposé de nombreuses versions d’Alceste. Celui qu’a interprété Molière au Palais Royal était comique et ridicule, en rubans verts.

La pièce fut dite autobiographique car elle suivait sa dispute avec Racine, ses tourments amoureux, ses déboires avec la censure en particulier pour le Tartuffe de 1664. Mais en 1665, la troupe de Molière est devenue la troupe du roi, et tout n’est plus si amer pour Jean-Baptiste Poquelin.

Lire la suite

« Racine par la racine », de Serge Bourhis

Racine par la racineHommage et désacralisation, telles sont les deux racines du spectacle de Serge Bourhis : Racine par la racine. Le défi relevé avec succès, consiste en effet à revisiter les morceaux d’anthologie du tragédien en leur apportant une petite pointe de pédagogie, une once d’anachronisme et une bonne dose de dérision.

Le spectacle se propose de rappeler en autant de tableaux les onze tragédies de Racine, en entrant dans chacune d’elle par un biais à la fois sérieux et comique : la scène d’exposition, le fait divers tragique, le sujet fait de rien, le monologue sans fin, les mots tragiques : de quoi régaler le professeur de lettres comme le simple amateur de divertissement.

Lire la suite

« Les Enfants du silence », de Mark Médoff

"Les Enfants du silence", de Mark Médoff

Il faut croire que le sujet est porteur d’un message éternel : depuis sa création en 1980, la pièce de Mark Médoff n’a cessé d’être reprise à la scène et au cinéma. Pour le seul domaine français, après le succès d’Emmanuelle Laborit en 1993, ce sont les comédiens du Français qui en 2015 au Vieux-Colombier et, en ce début 2017 au Théâtre Antoine, dans une mise en scène d’Anne-Marie Étienne, ont donné vie à ces personnages en lutte pour la reconnaissance d’une langue.

Tel est le combat de l’héroïne, Sarah : sa langue, la seule qu’elle veut parler, la langue des signes est en effet non pas une langue inférieure, une langue d’infirmes ou d’handicapés mais une langue à part entière, égale aux langues parlées, aussi belle et nuancée que la littérature, cette littérature que Jacques l’orthophoniste s’efforce au début de la pièce de faire éclore sur les lèvres de ses élèves sourds ou malentendants.

Lire la suite

Deux regards sur le théâtre au XVIIe siècle : rencontre avec Georges Forestier et Daniel Loayza

Georges Forestier et Daniel Loayza

Georges Forestier et Daniel Loayza

Le 10 janvier 2017, le théâtre Déjazet, à Paris, a accueilli Georges Forestier, professeur de littérature à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste du théâtre classique français, et Daniel Loayza, traducteur, dramaturge et conseiller artistique au théâtre de l’Odéon.

Cette interview croisée, suscitée par Françoise Gomez, IPR-IA de lettres de l’académie de Paris, a été réalisée à l’occasion de la nouvelle édition de La Tragédie française. Règles classiques, passions tragiques, du lancement du MOOC de Georges Forestier sur le théâtre classique français, et de la traduction inédite du Conte d’hiver, de Shakespeare, par Daniel Loayza.

La rencontre a été l’occasion d’une confrontation passionnante entre les modalités spécifiques à la tragédie française dans le sillage du classicisme et le théâtre de Shakespeare inscrit dans la veine élisabéthaine. Les réflexions sur la nature du tragique, la dramaturgie et les modalités de représentation de part et d’autre de la Manche ont été au cœur de cet échange dont nous donnons ici quelques éléments.

Lire la suite

« Noce », de Jean-Luc Lagarce

"Noce", de Jean-Luc lagarceIl est bon de ne pas réduire l’œuvre de Jean-Luc Lagarce (1957-1995) à la seule pièce Juste la fin du monde qui avait été inscrite au programme des classes de terminale L dès 2007.

Le théâtre du Lucernaire donne opportunément à la Compagnie de la Porte au Trèfle la possibilité de faire découvrir une pièce plus ancienne mais toujours d’actualité, Noce (1982), dans une mise en scène de Pierre Notte : belle manière de s’initier au théâtre contemporain et d’élargir sa connaissance de l’auteur.

Lire la suite