Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction

Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstractionAprès la grande rétrospective parisienne de 1967 qui l’avait révélée au grand public, Sonia Delaunay est de nouveau à l’affiche au musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

L’artiste, d’origine ukrainienne (elle naquit à Odessa en 1885), disparue en 1979, est devenue aujourd’hui une de figures les plus représentatives de l’art abstrait.

L’exposition, ouverte le 17 octobre et qui accueillera le public jusqu’au 22 février 2015 (avant d’émigrer à Londres à la Tate Modern entre le 15 avril et le 16 août), a précisément pour titre « Les couleurs de l’abstraction ».

 

 

« La couleur me donne de la joie »

Formule très pertinente, inspirée peut-être par une déclaration que l’artiste faisait à Jacques Damase vers la fin de sa vie : « La couleur me donne de la joie. » La phrase est reproduite en épigraphe du passionnant catalogue publié pour l’occasion et qui constitue un complément indispensable à la visite de l’exposition.

Sonia Delaunay, il faut commencer par là, est d’abord une coloriste, préférence affichée dans sa peinture aux allures de manteau d’Arlequin, mais également dans ses autres productions, relevant de ce qu’il est convenu d’appeler les « arts appliqués » qu’elle n’a jamais considéré comme mineurs : la mode, le décor de théâtre, la tapisserie, les étoffes, les décorations d’intérieur, le design, l’illustration de livres, la typographie…

Au public intimidé par les audaces de la peinture contemporaine sur toile, Sonia Delaunay offre une possibilité de rencontre plus accessible, ancrée sur le quotidien. Elle n’hésita pas à ouvrir une boutique à Madrid, la Casa Sonia (et quelques succursales espagnoles) où les clientes venaient s’habiller ; elle n’hésita pas à répondre à l’invitation de la famille de Leeuw pour aller exposer autre chose que des tableaux dans le bâtiment Metz & Co. d’Amsterdam.

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Les recherches optiques et chromatiques

Autre caractéristique de l’artiste, partagée, un moment au moins, avec son mari André (également exposé à Paris en ce moment), l’application à la peinture d’une recherche optique et chromatique qui multiplie la vision et qui sera baptisée « simultanisme » (ou encore « simultanéisme »).

L’objectif est d’abolir les effets de coïncidence, de suspendre le temps pour, en associant forme et couleur, atteindre un dynamisme qu’accentuera, à partir des années 1930, le recours aux cercles, aux courbes entremêlées, aux représentations d’engrenages. La mode s’emparera du procédé et tout deviendra « simultané », des robes, des bijoux ou des automobiles.

 

Blaise Cendrars, Sonia Delaunay, "La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France" © MoMA

Blaise Cendrars, Sonia Delaunay, « La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France » © MoMA

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Le dialogue avec les écrivains

Plus convaincante est la relation de Sonia Delaunay à la littérature. Guillaume Apollinaire a été l’un des premiers à reconnaître son talent, et celui de son mari André – même si l’exil du couple en Espagne au moment de la Grande Guerre conduira le poète à renier cette amitié.

Une des grandes réussites de cette collaboration avec les écrivains fut l’illustration (mais le terme est impropre : il s’agit plutôt d’une écriture à deux mains) du poème de Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France, ouvrage remarquable qui constitue l’une des pièces les plus spectaculaires de l’exposition.

Il faudrait citer encore la composition réalisée pour le sonnet « Voyelles » de Rimbaud (dans lequel la couleur est prépondérante), le travail avec les Dada (et Tzara en particulier), avec les surréalistes, René Crevel ou Philippe Soupault pour l’étonnant poème intitulé « Sous le vent ».

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On prend mieux conscience, en visitant cette ambitieuse exposition, du rôle essentiel qu’a joué cette artiste aux multiples talents dans l’évolution de notre sensibilité artistique. Arrivée en France en 1906, la petite Ukrainienne, née Sara Stern, devenue, après son adoption, Sofia Terk, puis Sonia Delaunay mérite d’être replacée à son juste rang dans l’art du XXe siècle : un des premiers.

                                                                                  Yves Stalloni

• Exposition « Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction », musée d’Art moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 22 février 2015.

Sonia Delaunay, "Alfabeto"

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• Véritable alphabet et livre d’art, « L’Alphabet » de Sonia Delaunay, publié en 1970 à l’école des loisirs, est disponible chez Babalibri.

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