Raconter le réel. Du documentaire à la fiction

"L'École des lettres", numéro 3, 2014-2015Les éditions Rue de Sèvres organisent avec succès depuis 2013 des rencontres professionnelles réunissant des auteurs travaillant sur les médias les plus divers.

En 2013, la rencontre intitulée Le scénario dans tous ses états a permis de confronter les techniques et aspirations d’auteurs de romans, de bandes dessinées, de films d’animation pour la télévision et le cinéma, de jeux vidéo et transmédias.

De nouveaux échanges avec neuf scénaristes ont eu lieu en juin 2014. Comment raconter le réel, tel était le thème de cette rencontre qui se donnait pour objectif d’explorer les formes du documentaire, et d’étudier le passage de la réalité à la fiction. Aurélien Ducoudray, Emmanuel Hamon, Andrès Jarach, Virginie Ollagnier, Loo Hui Phang, Boris Razon, Charlotte Sanson, Nathalie Sergeef, Fabien Vehlmann ont fait part de leur expérience de création.

Ce dossier est suivi d’un ensemble de points de vue sur l’actualité éditoriale. Deux débats de société sont également amorcés : le numérique, nouvelle idole de l’École ; les actions de lutte contre l’illettrisme.

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Raconter le réel

Du documentaire à la fiction

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Fabien Vehlmann, Loo Hui Phang, Louis Delas © CR

Fabien Vehlmann, Loo Hui Phang, Louis Delas © CR

 

Présentation de la rencontre par Louis Delas, directeur général de l’école des loisirs et de Rue de Sèvres.

Après le succès rencontré par la première journée professionnelle que nous avons organisée en mai 2013 avec des scénaristes venus de divers horizons, nous avons décidé de poursuivre ces échanges en explorant avec vous aujourd’hui les formes du documentaire, que ce soit dans le domaine du roman, de la bande dessinée ou du cinéma. Merci d’avoir répondu à notre proposition et de partager ainsi généreusement votre expérience.

Le métier d’éditeur est entré dans une période de mutations, de turbulences. Et, justement, dans des périodes comme celles-là, il nous semble qu’il est très important d’avoir la capacité d’attendre, et de prendre le temps de réfléchir. Nous avons la chance d’appartenir à un groupe qui nous donne les moyens de prendre le temps – cette dimension est de plus en plus essentielle. Chaque jour, que ce soit avec les auteurs, les libraires, les médiateurs, les enseignants, les ministères, les évolutions législatives, je constate la nécessité de « poser le sac ».

Tel est le but de ces journées professionnelles, être des moments de réflexion, ce que sans doute beaucoup de nos confrères trouveraient surréaliste car il n’y a pas de perspective de signature de contrat à la fin de la journée. Mais il est important de lever la tête du guidon, de nous interroger sur des sujets qui nous importent à tous, de façon à appréhender intelligemment les métamorphoses de notre métier et prendre les bonnes décisions.

Nous sommes dans une profession où l’on ne peut pas faire des virages à 45 degrés. Il faut prendre le temps, se hâter lentement. Dans cette chaîne, au début de laquelle se trouvent les auteurs, c’est une chose qu’il ne faut jamais oublier. Il est indispensable de permettre la réflexion.

Deuxième point : la clef du succès, ce sont les histoires. Il existe bien sûr des illustrateurs extraordinaires, mais les titres qui rencontrent leur public sur la durée – nous en avons eu la confirmation en préparant le cinquantenaire de l’école des loisirs –, sont aussi ceux qui ont les meilleures histoires. Avec Rue de Sèvres, nous avons la chance de pouvoir démarrer un projet éditorial sur des bases saines et nouvelles. Nous mettons donc la qualité des histoires au cœur de nos exigences.

Les échanges entre les acteurs de la chaîne du livre sont rares, tant nous sommes pris dans nos contraintes quotidiennes, mais ils sont toujours bénéfiques et constructifs. C’est pourquoi il y a autour de cette table des auteurs qui ont des expériences, des sensibilités et des approches très diverses. Cette journée est ainsi l’occasion de confronter librement des points de vue. Et puis, dernier aspect non négligeable, pouvoir discuter à bâtons rompus, favoriser le contact humain, c’est aussi l’une des clefs de notre métier.

Quand on voit la proximité que nous avons, à l’école des loisirs, avec les auteurs, les libraires, les enseignants, il s’agit vraiment d’un travail de partenaires – et c’est là l’un des plus grand plaisir de l’éditeur.

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Raconter le réel. – De gauche à droite : Boris Razon, Emmanuel Hamon, Aurélien Ducoudray, Andres Jarach, Fabien Vehlmann, Loo Hui Phang, Charlotte Sanson, Nathalie Sergeef, Virginie Ollagnier © CR

De gauche à droite : Boris Razon, Emmanuel Hamon, Aurélien Ducoudray, Andres Jarach, Fabien Vehlmann, Loo Hui Phang, Charlotte Sanson, Nathalie Sergeef, Virginie Ollagnier © CR

 

Les scénaristes par eux-mêmes, autoportraits : Aurélien Ducoudray, Emmanuel Hamon, Andrès Jarach, Virginie Ollagnier, Loo Hui Phang, Boris Razon, Charlotte Sanson, Nathalie Sergeef, Fabien Vehlmann.

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Emmanuel Hamon © CR

Emmanuel Hamon © CR

 

Incarnation et place des personnages dans le film documentaire et de fiction par Emmanuel Hamon («Maurice Papon» et «Democracy@large »).

Les personnages sont, pour moi, la pierre angulaire de tous les films: qu’il s’agisse de Spider-Man ou d’un Bergman, ce qui fait la force de ces films, c’est la complexité et la densité de leurs personnages. Quand je me lance dans un projet de documentaire, il y a évidemment une histoire, un sujet, le plus souvent un sujet politique, social, un « grand » sujet qui dépasse les individus, mais que j’essaie toujours de ramener à une incarnation à travers des personnages. Pour moi, c’est la seule façon d’arriver vraiment à toucher les spectateurs.

Voici, parmi les films que j’ai réalisés, deux exemples qui illustrent les problématiques auxquelles je me suis trouvé confronté. Premier exemple, Maurice Papon, itinéraire d’un homme d’ordre, un documentaire pour France Télévisions. Deuxième exemple, Democracy@large, pour Arte. Il s’agit d’un documentaire sur les premières élections libres au Kirghizistan ou, plus exactement, des premières élections au suffrage universel auxquelles pouvaient se présenter plusieurs candidats.

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Virginie Ollagnier © CR

Virginie Ollagnier © CR

 

Traduire une problématique contemporaine dans des livres de fiction, par Virginie Ollagnier («Kia Ora» et «Toutes ces vies qu’on abandonne»).

Chacune de mes histoires part de ma vie, non de ce qu’il m’arrive, mais de ce que j’observe de la société dans laquelle je vis.

Toutes traitent de sujets assez contemporains mais situés dans le passé.

En voici deux exemples à travers une expérience de bande dessinée, Kia Ora (avec Olivier Jouvray) et Efa, (trois volumes, Vents d’Ouest, 2007-2009) et une expérience de roman, Toutes ces vies qu’on abandonne (éditions Liana Levi, 2007).

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Charlotte Sanson © CR

Charlotte Sanson © CR

 

De la BD autobiographique à la fiction télévisée par Charlotte Sanson (« Pilules bleues »).

Pilules bleues, de Frederik Peeters, est une BD qui traite avec fraîcheur et légèreté d’un sujet pourtant grave et très actuel: le VIH post-trithérapie. La maladie y est vue sous un angle « désensationnalisé », la révolution de la trithérapie permettant aux personnes touchées par le virus d’envisager une vie sur le temps long grâce aux traitements.

Seulement, ces traitements sont en constante évolution, les patients n’ont que peu de visibilité sur ce que sera leur avenir. La productrice Catou Lairet, de la Parisienne d’Images, a eu un coup de foudre pour Pilules bleues. Elle en a acheté les droits et a proposé à Jean- Philippe Amar d’en réaliser l’adaptation. Et il a fait appel à moi en tant que coscénariste.

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Boris Razon © CR

Boris Razon © CR

 

Raconter le réel : du documentaire à la fiction, par Boris Razon (« Jeu d’influences » et « Palladium »).

Je suis journaliste, et mon métier consiste à raconter le réel – du moins, à essayer. Or, depuis quelque temps, la relation entre le réel, le documentaire et la fiction se modifie. Il y a, notamment, une inquiétude radicale du réel. Le réel est impossible à raconter. La formule «raconter le réel » contient, en tant que telle, une forme d’impossibilité, d’aporie.

Dès lors que je commence à le raconter, une part du réel m’échappe: sa part intime, parfois sa part d’irrationnel. Le réel tel que nous le relatons, nous, journalistes, est une mise en scène dont le journal télévisé est l’apogée.

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Nathalie Sergeef © CR

Nathalie Sergeef © CR

 

Romancer sans trahir la réalité, par Nathalie Sergeef (« Juárez »).

Depuis toujours, la violence, la prise de pouvoir d’un être sur un autre sont des phénomènes humains qui m’interpellent. Ce qui m’a amenée à m’intéresser à des sujets assez lourds, dont celui de mon premier album, Juárez, une vague de meurtres et de disparitions de femmes qui a frappé Ciudad Juárez, grande ville frontière entre le Mexique et les États-Unis, du début des années 1990 à 2004… et sans doute au-delà.

Mais ces assassinats ont ensuite été occultés par la guerre contre les narcotrafiquants qui a explosé au Mexique à partir de 2006. Pour moi, le déclic a été l’interview à la radio de Jean-Christophe Rampal et Marc Fernandez, deux journalistes français qui ont publié une enquête sur le sujet, La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez (Hachette, 2005).

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Andres Jarach © CR

Andres Jarach © CR

 

Les limites de la fiction dans un film documentaire, par Andrès Jarach (« Fumer tue ».

Fumer tue, le premier film documentaire que j’ai réalisé, a défini, dans une certaine mesure, ce que seraient les autres. Je voulais réaliser des films depuis longtemps. J’ai donc travaillé comme assistant réalisateur sur des fictions. Et là, j’ai vu des cinéastes filmer des comédiens sans désir.

J’ai compris alors que je n’avais pas non plus ce désir des comédiens. Non que je ne les aime pas, mais je n’éprouve pas le désir de faire dire par un autre une chose que j’ai pensée. J’aime bien filmer quelqu’un qui me surprenne. De plus, je croyais que je n’avais pas d’imagination, que je ne savais pas écrire. Je me suis donc retrouvé dans une impasse, avec l’idée que je devais changer de métier.

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Loo Hui Phang © CR

Loo Hui Phang © CR

 

Du matériau autobiographique à l’écriture de fiction, par Loo Hui Phang (« Cent mille journées de prières »).

Cent mille journées de prières est une bande dessinée qui parle du génocide cambodgien. Je ne suis pas cambodgienne – je suis née au Laos d’un père chinois et d’une mère vietnamienne. Je ne pensais pas avoir de lien avec le génocide cambodgien jusqu’à ce que j’apprenne, il y a cinq ans, qu’une partie de ma famille a péri pendant le génocide.

Ce n’était pas vraiment un secret de famille, c’est juste que je n’ai pas posé les bonnes questions à mes parents. Quand je l’ai appris, ce ne fut pas non plus une véritable révélation car je me souviens de cauchemars récurrents que je faisais, enfant – là est la force de l’inconscient: sans qu’elle soit dite, cette histoire était présente et, petite, je vivais avec ces morts.

J’ai voulu raconter cette histoire dans un livre. Mais je ne savais ni comment, ni quand je voulais le faire. Je savais juste que je n’avais pas envie de m’y reprendre à plusieurs fois. Je voulais faire mouche du premier coup.

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Aurélien Ducoudray © CR

Aurélien Ducoudray © CR

 

De l’image au texte, du texte à l’image, par Aurélien Ducoudray (« Clichés de Bosnie »).

Je ne viens pas de la bande dessinée, mais de la photo. J’ai aussi travaillé dans le journalisme écrit et dans une télévision locale où je réalisais des documentaires… très personnels. Puis, pendant trois ans, j’ai suivi des stages de scénarios.

J’y ai rencontré le scénariste de BD Luc Brunschwig. Nous avons sympathisé et j’ai eu la chance, pendant un an, de l’avoir en quelque sorte comme « professeur particulier ». J’ai développé une première histoire avec lui. Sans cesse, il me posait des questions et je réécrivais mon texte. Au bout d’un certain temps, il m’a dit : « D’accord. On le prend. » Je ne comprenais pas ce qu’il voulait en faire. Là, il m’a annoncé qu’il était éditeur chez Futuropolis. C’était il y a six ans, pour La Faute aux Chinois. Et, depuis, je fais de la BD.

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Fabien Vehlmann © CR

Fabien Vehlmann © CR

 

Parler au nom de l’autre, par Fabien Vehlmann (« Paco les mains rouges »).

Pour moi, le réel a longtemps été un élément de décor, une «enluminure» dans mes fictions, une manière de leur apporter un peu de crédibilité. J’ai changé d’optique avec Paco les mains rouges. C’était une demande d’Éric Sagot, le dessinateur, qui souhaitait parler du bagne et des années 1930 en Guyane.

La thématique de la prison, du bagne m’intéressait, mais je me posais la question de la légitimité : a-t-on le droit de parler d’une chose que l’on ne connaît pas? Être un auteur, c’est prétendre parler au nom des autres, c’est dire: « Je vais prétendre que je suis un enfant, un vieillard, un handicapé, etc., et je vais le raconter de la manière la plus crédible possible. » Si je ne le fais pas, je me contente de parler de ma vie de bobo à Paris, de mon déménagement et de mes impôts.

Pourtant, se retrancher derrière les prérogatives de la fiction pour régler la question de la légitimité ne suffit pas.

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Actualités

 

Les littéraires : plus créatifs que les autres ?

 

Les littéraires : plus créatifs que les autres ? Une expérience d’atelier créatif en partenariat d’entreprise, par Anne-Marie Petitjean.

Le serpent de mer de la créativité des littéraires pourrait faire hausser les épaules. C’est pourtant bien l’intuition de compétences spécifiques à valoriser chez les étudiants issus de cursus littéraires qui a généré l’expérience qui va être rapportée et dans laquelle se sont engagés, durant le second semestre de l’année universitaire 2013-2014, une quarantaine d’étudiants et leurs professeurs des universités de Cergy-Pontoise et de Paris-Est Marne-la-Vallée.

Les littéraires seraient-ils plus créatifs que les habituelles recrues des écoles de commerce? Plus créatifs ou différemment créatifs ? Et quel potentiel le vivier des étudiants en sciences humaines peut-il représenter pour une entreprise commerciale, répondant à des enjeux de concurrence et de recrutement drastiques? Impulsée par la DRH de l’entreprise L’Oréal et encadrée par l’association interuniversitaire Atout Jeunes Universités (AJU), cette expérience de «co-construction» entre entreprise et universités a consisté en des projets tutorés conduits par des professeurs de langues et de lettres et ponctués par une série de rencontres avec les managers des marques de maquillage et parfumerie Lancôme et Yves Saint-Laurent.

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"Les âmes blessées", de Boris Cyrulnik

 

« Les Âmes blessées », de Boris Cyrulnik, par Yves Stalloni.

Après nous avoir offert, pendant plus de trois décennies, une série de livres portant sur sa pratique professionnelle mise à la portée des profanes, Boris Cyrulnik a consenti il y a deux ans à nous livrer, avec le superbe Sauve-toi, la vie t’appelle (Odile Jacob, 2012), l’extraordinaire récit de son enfance et de sa miraculeuse survie dans un contexte hostile qu’il a su transformer à son avantage.

Son dernier ouvrage, Les Âmes blessées (Odile Jacob, 2014, 336 pages), se situe au carrefour des deux inspirations : la réflexion psychiatrique et la confidence autobiographique. Se produit ainsi une forme de réconciliation intime à valeur de bilan, comme le laisse entendre l’épilogue, qui s’ouvre sur cette phrase : « En arrivant à l’âge du sens, je me retourne sur le chemin parcouru et je me fais un récit de ce qui est resté dans ma mémoire. »

À peine cet aveu prononcé, l’ethnopsychiatre semble se reprendre et vouloir limiter ses ambitions : « Peu de choses ont surnagé dans cet océan d’informations. » C’est ce « peu de choses » (pas si négligeable que semble le dire l’intéressé) qui nous est livré ici dans une forme que l’on pourrait jugée décousue, sauf qu’elle épouse les méandres incertains de la mémoire.

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"Dans la peau du soldat inconnu", de Jean-Pierre Guéno

 

 « Dans la peau du Soldat inconnu », de Jean-Pierre Guéno, par Yves Stalloni.

Dans l’abondante bibliographie personnelle de Jean-Pierre Guéno figurent en bonne place plusieurs livres sur la Grande Guerre, dont le très célèbre Paroles de Poilus, aux tirages qui se chiffrent en millions d’exemplaires. L’écrivain-journaliste revient sur ce sujet douloureux, dont la célébration du centenaire ravive la mémoire, avec un ouvrage étonnant, éclairant, parfois bouleversant, écrit avec ferveur et élégance, et répondant à un titre qui mérite d’être pris au sérieux, Dans la peau du Soldat inconnu (Le Passeur Éditeur, 2014, 192 pages).

L’approche est pertinente car, comme nous le rappelle l’auteur, un tiers des tués de 14-18, soit cinq cent mille hommes, n’ont jamais été formellement identifiés. De là ce constat : « Le Soldat inconnu est une sorte d’aboutissement, de chimère, un être composite victime de l’un des plus grands cataclysmes de l’Histoire. »

C’est cette victime symbolique qui est choisie comme héros pour ce livre présenté comme un roman, en sept réincarnations successives de Poilus bien réels, qu’ils aient été violoniste comme Maurice, maçon comme Martin, prêtre comme Loÿs, ou professeur de grec comme Émile. Sept « parcours de vie» nous sont donc offerts, des vies brèves car toutes interrompues tragiquement dans la forêt d’Argonne, du côté des Éparges ou aux portes de Verdun.

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Laurent Mauvignier © LM

Laurent Mauvignier © LM

 

« Autour du monde », de Laurent Mauvignier, par Norbert Czarny.

Le temps de quelques journées d’information en continu, les catastrophes naturelles donnent le sentiment que la planète est une, que la globalisation trouve là son meilleur sens. On est alors sidéré par les images passant en boucle, on se sent solidaire, on compatit. Une jeune fille sauvée par sa doudoune devenue bouée suffit à nous soulager. Cela passe vite, et le monde continue de tourner.

On le voit dans Autour du monde, le nouveau roman de Laurent Mauvignier (Éditions de Minuit, 2014, 384 p.). Nouveau à bien des égards. Qui a lu Loin d’eux, Apprendre à finir ou Des hommes, pour ne citer que trois de ses livres, connaît cette écriture qui fouaille, ressasse les thèmes, les phrases, les mots, comme autant de lames aiguisées. Ici, le style est fluide, les transitions sont aussi douces que des fondus enchaînés, et l’on passe d’un duo à un groupe de personnages, d’un lieu à l’autre, comme dans un rêve.

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Le rapport Jules Ferry 3.0

 

◆ Le rapport Jules Ferry 3.0, admirable de ferveur, de candeur… et d’erreur, par Pascal Caglar.

Le rapport Jules Ferry 3.0 publié en octobre dernier par le Conseil national du numérique est admirable de ferveur, de candeur et d’erreur. De ferveur, d’abord : le groupe de travail fait preuve d’une foi dans le numérique qui rappelle l’enthousiasme vibrant (et quelque peu ridicule par son excès) de Gargantua dans sa lettre à son fils Pantagruel…

Toute éducation nouvelle a besoin d’un credo, d’une vérité, d’un dogme, de la conviction que toutes les pratiques du passé doivent être abandonnées, que tous les problèmes vont trouver une solution, qu’un homme nouveau est sur le point de naître et, avec lui, une nouvelle culture, et qu’en l’occurrence le numérique, l’enseignement du numérique et par le numérique, est le pilier de l’école de demain, plus juste et plus créative.

Chaque époque a ses idoles : la rhétorique, le latin, les humanités, les mathématiques, et aujourd’hui… le numérique.

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Agir contre l'illettrisme

 

Souffrir d’illettrisme, par Xavier-Laurent Petit.

Dans le cadre du Plan national de formation et des Journées de professionnalisation du ministère de l’Éducation nationale, un séminaire a été organisé à Paris, le 26 septembre dernier, sur le thème : Favoriser la maîtrise de la langue française et agir contre l’illettrisme à l’école et avec l’école. Animé par la Direction générale de l’enseignement scolaire, l’Inspection générale de l’Éducation nationale et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, il a réuni des chercheurs, des correspondants académiques de la formation initiale et de la formation continue, ainsi que des représentants d’associations engagées dans la prévention et la lutte contre l’illettrisme.

Cette rencontre, dont on retrouvera prochainement les interventions sur Éduscol et sur ce site visait un triple objectif : – éclairer l’articulation possible et nécessaire entre les différents acteurs de l’Éducation nationale et faire mieux connaître les outils élaborés dans les académies ; – renforcer les relations partenariales de l’Éducation nationale au sein des territoires pour mieux prévenir l’illettrisme ; – engager une réflexion sur un programme d’actions commun pour 2015.

Le romancier Xavier-Laurent Petit fut le « grand témoin » de cette journée. On peut lire ici la synthèse qu’il propose de cette journée.

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• Commander le numéro « Raconter le réel. Du documentaire à la fiction » (96 pages, 8 € franco de port) en ligne. Par bon de commande ou règlement par chèque : écrire à l’École des lettres, 11, rue de Sèvres, 75006 Paris.

• Le scénario dans tous ses états – roman, BD, cinéma, télé, jeu vidéo, transmédia : neuf auteurs parlent de leur travail de scénariste. 

Pour consulter ces numéros et accéder instantanément à l’ensemble des ressources de « l’École des lettres », abonnez-vous en ligne

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