L’école du Grand Palais

Depuis cette rentrée 2018, la RMN Grand-Palais ouvre sa saison de cours et conférences aux élèves et à leurs enseignants, du CP aux classes post-bac. C’est l’aboutissement d’une politique d’éducation artistique mise en place en 2016 avec une centaine de cours tous publics assurés tout au long de l’année dans l’auditorium du Grand Palais par une cohorte de conférencières hautement qualifiées, intervenant déjà au Louvre, au musée d’Orsay ou d’autres musées parisiens ou régionaux.

Le public scolaire a donc depuis septembre son calendrier propre et ses thématiques spécifiques, nouveauté qui connaît déjà un grand succès.

Muriel Mignot chargée du développement des cours d’histoire de l’art explique cette réussite par la richesse et la diversité des cours proposés (près de cent cinquante en 2018), par la forme de ces cours, à la fois savants et décontractés, par cette identité conviviale et décomplexée qui a séduit un public avide de s’instruire en s’amusant. Pour beaucoup, voir une exposition ne comble pas un manque, un désir de connaître la peinture, son langage et son histoire, que ce programme est venu combler et satisfaire. Preuve de ce besoin de clés et de repères, le plébiscite sans partage du cours préféré du public : « Comment lire un tableau ? »

Ainsi, après avoir séduit les adultes, puis les familles (beau succès des « Voyages en famille au pays de l’art »), les classes désormais invitées en semaine bénéficient de leurs thématiques propres : l’Égypte des pharaons ou les chevaliers du Moyen Âge du CP au CM2, la mythologie grecque pour les collégiens, l’autoportrait ou encore les chefs d’œuvre de la Renaissance pour les lycéens.

Avec un taux de satisfaction proche de cent pour cent, nul doute que, dès l’année prochaine, l’offre thématique, déjà ouverte au « sur mesure », ne s’élargisse et n’entre en résonance avec les nouveaux aspects des programmes du secondaire.

© Aurélie Castex / RMN – Grand Palais / 2017

Le succès est d’autant plus le signe d’une demande profonde que ce programme est proposé sans partenariat avec le rectorat de Paris, et ne repose que sur l’impulsion une fois encore décisive et méritante d’enseignants ou documentalistes personnellement attirés par ces formes vivantes d’éducation artistique. Chacun peut cependant compter sur l’accompagnement de la cellule médiation de la RMN-Grand Palais, à l’écoute des projets de tous, qu’ils soient dans ou hors programme.

Les enseignants du premier degré sont les plus nombreux à profiter de cette offre, car les petits manifestent toujours un grand appétit de connaissances artistiques qui va s’amenuisant avec les années ; mais les enseignants du second degré voient aussi dans ces séances un gain de motivation pour leurs élèves et une visibilité plus grande de leur projet pédagogique.

Avec un coût de 50 € par classe, le programme de la RMN-Grand Palais s’efforce de s’adapter au budget des établissements scolaires et cette volonté d’être accessible au plus grand nombre passe aussi par une offre faite aux collèges et lycées de province qui peuvent faire appel aux conférenciers des Musées nationaux qui se déplacent hors de Paris et peuvent sur une journée rencontrer plusieurs classes successives ou regroupées, selon le mode d’organisation des professeurs. Là encore l’initiative de la RMN peut être un signe d’encouragement pour tous les grands musées de province qui tardent encore à s’engager sur la voie des cours d’arts à destination des scolaires.

Le Grand Palais vu depuis le pont Alexandre III

Si l’État a charge de missions de service public, par l’intermédiaire des établissements placés sous sa tutelle, les ÉPIC (« établissements publics à caractère industriel et commercial » – dont la Comédie-Française, l’Opéra de Paris, le musée du quai Branly, et la RMN) le ministère de la Culture cherche à toujours mieux démocratiser l’accès aux œuvres littéraires ou artistiques, contemporaines ou plus anciennes, rivalisant de pass, de cartes, de cours, de dossiers pédagogiques, et c’est bien à l’Éducation nationale qu’il revient d’être à la hauteur de cette ouverture généreuse.

Symptomatique de cette volonté de gagner les jeunes à la culture, l’action de Muriel Mignot, qui, pour la RMN, n’hésite pas à aller à la rencontre de professeurs, des professeurs documentalistes et même des chefs d’établissement. Cet effort et celui de tous ceux qui croient en une culture émancipatrice ne peut aboutir à une éducation humaniste sans la coopération des enseignants.

C’est du côté de la formation des nouveaux collègues qu’il faut se pencher pour intégrer au cursus des actuels étudiants en ÉSPÉ la fréquentation des institutions culturelles et le travail en collaboration avec elles. La demande doit être plus forte que l’offre. Pas sûr que ce soit actuellement le cas.

Pascal Caglar

• Descriptif des cours d’histoire de l’art de la RMN-Grand Palais.

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