La Lune. Du voyage réel aux voyages imaginaires

Du voyage réel aux voyages imaginaires au Grand Palais, il vous reste deux semaines pour décrocher la Lune.

Tandis que l’on fête les premiers pas de l’homme sur la Lune, le sous-titre de cette exposition pourrait être De la Lune à la Terre tant elle nous réacclimate à l’astre principal de nos existences terrestres.

Clichés à 360 degrés de la surface lunaire, télescopes, divinités en terre cuite ou en bronze, tout concourt en effet à nous familiariser de nouveau avec la Lune en suivant toutes les pistes du génie humain.

À rebours de la chronologie

Le choix de nous faire pénétrer dans l’exposition par les photographies de l’expédition Apollo la place sous le signe de l’événement commémoratif, les 50 ans de la présence humaine à la surface de la Lune. De là, vers le passé, un chemin à rebours qui mène du voyage réel aux voyages imaginaires comme le propose l’exposition.

Un voyage de la Lune à la Terre en quelque sorte, de la photographie à la peinture, des icônes de la modernité aux divinités antiques mais toujours avec la crainte mêlée d’espoir, une lune maîtresse des âmes et des songes qui se décline aussi en cycles et en cartographies. Oui mais aussi, et c’est une expérience étonnante, d’un astre familier une étrangeté retrouvée.

Statuette de Chandra, seconde moitié du XIXe siècle © Musée du quai Branly – Jacques Chirac, RMN-Grand Palais

Une étrangeté familière

Le parcours, dans une atmosphère de l’entre-deux, mi claire mi obscure, raconte le combat permanent de l’homme pour acclimater la lune à son esprit, d’une certaine manière pour s’y acculturer. On pourrait s’étendre à l’envi sur les tentatives souvent dérisoires ou puériles des romanciers et cinéastes – ces derniers particulièrement pris dans les tours de magie de l’inévitable Méliès aux Shadoks, jusqu’à la femme sur la Lune de Fritz Lang – mais elles disent toutes notre naïveté face à l’astre. Nous savons depuis longtemps qu’il n’y a rien de bien spectaculaire à en attendre mais nous savons, dans le même temps, qu’elle reste suffisamment hors de notre portée pour demeurer étrangère.

« La femme sur la Lune » , de Fritz Lang (1928) © Cinémathèque française

Ce qui marque le plus le spectateur de cette exposition c’est donc la redécouverte de l’autre et une familiarisation sur nouveaux frais : en partant de pistes et de représentations commune voire rebattues, chaque salle nous amène à une nouvelle découverte. Ainsi de ces multiples cartographies qui témoignent autant d’un progrès de l’observation que du tâtonnement de l’esprit humain pour se saisir d’une réalité qui, sans être exotique ni baroque lui demeure étrangère.

On voit comment le dessin et la recherche par le lexique aident l’homme, prompt à tout nommer, à donner du sens à ce qu’il ne peut atteindre quitte à commettre quelques erreurs d’interprétation. Même démarche pour les artistes qui, pour leur part, commencent avec les données scientifiques pour en faire un objet plastique. Les néons de Morellet imitent ses phases mais les rassemblent dans un objet plastique inédit.

Jean-Antoine Houdon, « Diane » , 1790 © Musée du Louvre, RMN-Grand Palais / Pierre Philibert

La preuve par l’art

On voit donc comment le Terrien a cherché à donner un visage et un corps à cette Lune en peinture et en sculpture tandis qu’il cherchait à l’enclore dans ses récits.

On retrouve ainsi Chagall, Canova, les tentatives romantiques mais aussi, Nam June Païk le plasticien Coréen dont les téléviseurs deviennent essentiels ou plus étonnant, Philippe de Champaigne et Eugène Boudin. La Lune inspire et met au défi la représentation selon qu’elle se présente en levers ou couchers. Jusqu’à Leonid Tishkov qui montre en l’emmenant à chaque fois avec lui dans un décor nouveau mais banal cette familiarité de propriétaire qui existe pour nous : pour chacun d’entre nous la Lune est ma Lune. L’universalité du thème contribue, sans que l’exposition s’y attarde lourdement, à nous faire entendre comment nous partageons cette familiarité à l’échelle de la planète et des civilisations parfois disparues, ou des puissances fléchissantes.

Georges Méliès, « Le Voyage dans la Lune » (1902)

Mais on y voit aussi les ressources de l’esprit humain confronté à un thème assez convenu et pauvre d’apparence, comment il épouse sans les trahir les multiples visions de cet astre, le plus proche que nous avons peuplé de créatures imaginaires quoique nommées, les sélénites, avant de nous éloigner vers le personnage du Martien. L’unanimité de la représentation statuaire de petit format montre assez clairement la familiarité des petits dieux domestiques avec lesquels nous avons entretenu un voisinage aujourd’hui disparu.

À travers cette exposition qui mêle objets, œuvres d’art et documents d’archives, s’opère un doux retour vers la lumière de nos nuits.

Frédéric Palierne

• Exposition au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 22 juillet.

Un roman à recommander dès le collège : « Les Premiers Hommes dans la Lune », de H. G. Wells (1901), dans la collection « Classiques » de l’école des loisirs (2018).

Trente albums pour enfants évoquant la Lune.

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