Shoah et bande dessinée

Shoah et bande dessinée © Enki Billal

Shoah et bande dessinée © Enki Billal, Mémorial de la Shoah

La première fois que l’on a parlé d’un génocide dans une bande dessinée, c’était en 1919. On voyait des camps de concentration ottomans. Il était donc question du sort des Arméniens, et c’était dans un album mettant en scène… Bécassine.

Longtemps après, dans les années 2000, ce génocide donnera lieu au Décalogue, le génocide rwandais à d’autres bandes dessinées, et les crimes commis par les nazis envers les tsiganes ou homosexuels figureront eux aussi dans des albums que l’on peut feuilleter dans la dernière salle de l’exposition « Shoah et bande dessinée » qui vient de s’ouvrir au Mémorial de la Shoah à Paris.

Il va de soi que cette anecdote, découverte dans l’excellent catalogue accompagnant l’exposition, ne fait pas le cœur du sujet, lequel serait plutôt donné par le sous-titre du livre, L’image au service de la mémoire. Ce qui ne va pas de soi et suppose une réflexion sur l’image, sur la fiction et sur le témoignage aussi intense que celle que nous avons connue dans le domaine littéraire, et bien sûr le cinéma. Pour nous résumer, que montrer quand on parle de la Shoah ?

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Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789

Amazones de la Révolution. Des femmes dans la tourmente de 1789Poissarde, femme-soldat, émeutière,
incendiaire, criminelle, aliénée…

Ces stéréotypes esquissent le portrait à charge de la combattante révolutionnaire, usurpant attributs de la masculinité et codes de la virilité. Ils occultent les sévices exercés sur des femmes désignées comme boucs émissaires et contribuent à les évincer de la sphère publique.

Objets, œuvres et archives qui en attestent font apparaître les fantasmes engendrés par la violence des femmes, tout en soulignant leurs échos contemporains.

Dans un contexte où les considérations de genre font retour, une exposition conçue par Martial Poirson au musée Lambinet, à Versailles, explore les zones d’ombre de l’historiographie et les présupposés du « roman national », mettant en lumière l’implication des femmes − victimes ou bourreaux − dans la brutalité des événements.

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Hubert Robert, un peintre visionnaire

Hubert Robert, "Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines" (1796), musée du Louvre

Hubert Robert, « Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines » (1796), musée du Louvre

 

Même s’il n’avait pas été un grand artiste, ce qui est loin d’être le cas, comme le démontre cette rétrospective, Hubert Robert, le méconnu, présenté ici à travers un ensemble impressionnant de cent quarante œuvres, mériterait de rester à la postérité pour avoir inspiré à Diderot l’une de ses pages les plus fortes, animée du souffle d’un passionné, de la profondeur d’un philosophe et de la mélancolie lyrique d’un poète.

Ce texte se trouve dans le Salon de 1767, le plus important de l’écrivain, et porte sur un tableau particulier intitulé Grande Galerie éclairée du fond [1].

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Martin Scorsese à la Cinémathèque française

Passion

Exposition Martin Scorsese à la Cinémathèque françaiseUn grand artiste ouvre de nombreuses portes, les chemins qu’il emprunte conduisent sur d’autres chemins. Avec lui, on n’en finit pas de découvrir, d’apprendre, de s’émouvoir.

Et tel est le cas avec Martin Scorsese. Son intelligence est indissociable de son immense culture cinématographique et musicale. C’est à la fois un classique, ancré dans la tradition américaine, et un moderne. Son œuvre tient à une vision du monde née dans l’enfance. Le terme de passion est à donc à entendre dans sa polysémie.

L’exposition qui commence à Paris, après avoir été présentée à Berlin et avant de partir pour Melbourne, illustre ces passions.

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Échos du Congo

beaute-congoAu cœur de l’Afrique centrale, deux pays se déploient sur les rives du même fleuve Congo. Deux pays aux destins à la proximité culturelle importante et à la créativité hors pair.

À Paris, une exposition, « Beauté Congo 1926-2015 », qui se prolonge jusqu’au 10 janvier 2016, présente des œuvres d’une sélection d’artistes congolais contemporains. L’occasion de prolonger le parcours visuel par quelques pistes littéraires, puisque les écrivains congolais se sont fait depuis longtemps déjà une place chez les éditeurs parisiens, à l’épicentre de la francophonie littéraire et sur les rives de la Seine. Lire la suite

Patrice Chéreau, un musée imaginaire

Patrice Chéreau, un musée imaginaireLa Collection Lambert à Avignon a réouvert ses portes et présente jusqu’au 11 octobre 2015 une exposition en hommage à Patrice Chéreau.

Les salles d’exposition font entrer en résonance des œuvres contemporaines et anciennes avec les créations de Chéreau pour le théâtre, l’opéra et le cinéma, elles-mêmes si souvent inspirées par les visages et les corps peints par Géricault, Titien ou Courbet.

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« Les Cahiers dessinés » : l’art du dessin à la Halle Saint-Pierre

Les Cahiers dessinésDe Victor Hugo à Siné, de Pierre Alechinsky à Tomi Ungerer, le dessin s’expose à la Halle Saint-Pierre qui ouvre ses portes aux Cahiers dessinés. À travers cette revue qu’il dirige après treize ans d’existence le dessinateur Frédéric Pajak ne cesse d’explorer les mille facettes d’un langage qui surprend toujours.

« Avant de faire de la gymnastique ou de la musique on dessine. On sait dessiner quand on est enfant. Tous les enfants dessinent. Même celui qui croit qu’il est maladroit ne l’est pas tant que ça, il dit quelque chose. C’est un moyen d’expression, un langage incroyable. Après, quand on devient dessinateur, on se rend compte de la profondeur de ce langage. Je suis dessinateur, je sais ce que c’est, c’est un monde qui s’ouvre sous moi, j’ai une autre sensibilité sur le dessin, je vois comment ils ont dessiné et je me dis “Comment ont-ils pu dessiner ça ?” Souvent je suis ébahi. Il y a beaucoup de dessins devant lesquels je reste sans voix. »

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