« Œdipe roi », de Pasolini, pas à pas

"Œdipe roi", de Pier Paolo PasoliniL’objet de cet article n’est pas de comparer la pièce de Sophocle et le film de Pier Paolo Pasolini, ni de chercher à caractériser à tout prix quelle sorte d’adaptation Pasolini a créée. Ce n’est pas le degré de fidélité qui nous préoccupe ici. Nous chercherons plutôt à envisager le film de Pasolini comme une entité singulière qui s’efforce de raconter sa propre histoire avec les moyens du cinéma.

Ceux-ci ne sont pas un vecteur qui permet de conduire la fiction, c’est l’enjeu même de la fiction. Cette notion peut être difficile à faire passer auprès des élèves, aussi essaierons-nous de nous trouver au plus près du geste narratif et fictionnel de Pasolini pour comprendre comment sa conception du récit permet d’inventer des trouvailles poétiques absolument cinématographiques.

Le texte de Sophocle se trouve évidemment en arrière-plan de notre travail, mais il n’en est pas le moteur privilégié. Le cœur est constitué par les images de Pasolini, la façon dont il prend en charge les corps et dont il attise et provoque constamment les émotions du spectateur.

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Pourquoi faire étudier en première «Thérèse Desqueyroux», de François Mauriac ?

"Thérèse Desqueyroux", de François MauriacLire un roman ne va plus de soi pour un élève de première : « Des pages bourrées de lignes comprimées entre des marges minuscules, de noirs paragraphes entassés les uns sur les autres et, par-ci par-là, la charité d’un dialogue […] c’est épais, c’est compact, c’est dense, c’est un objet contondant, un livre », écrivait déjà Daniel Pennac dans Comme un roman.

Le premier avantage, très prosaïque, qu’offre Thérèse Desqueyroux, c’est d’être un roman assez court, tout en restant une œuvre phare du genre au XXe siècle.

Ensuite, ce roman présente une structure classique, et suit une composition rigoureuse qui permet d’initier les élèves à la construction d’un récit. Mauriac a retenu des choix narratifs intéressants à faire découvrir parce qu’ils sont porteurs de sens et qu’ils peuvent devenir des outils pour faire écrire ou réécrire les élèves.

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« Baccalauréat », de Cristian Mungiu

bacalaureat-cristian-mangiuFaut-il à tout prix réussir ?

Eliza va passer son bac. Excellente élève, elle obtiendra sans peine le 18 de moyenne générale au bac qu’il lui faut pour obtenir la bourse accordée par l’université de Cambridge où ses parents l’ont inscrite. Mais, la veille des épreuves, elle est agressée, manque de peu d’être violée et a le bras cassé. Doit-elle y aller dans cet état ?

Son père, médecin estimé, voyant s’écrouler les rêves qu’il a faits pour elle, est prêt à demander tous les passe-droits pour sauvegarder l’avenir de la jeune fille. Il lui fait donc passer ses épreuves en l’assurant de sa réussite, qu’il a négociée avec l’administration de l’examen. Mais elle ne l’entend pas de cette oreille.

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« Sans Famille », d’Hector Malot, bientôt de nouveau à l’écran

"Sans Famille", d'Hector Malot, "Classiques abrégés" de l'école des loisirs

Sans famille, d’Hector Malot, sera adapté en 2017 par Antoine Blossier, avec Daniel Auteuil dans le rôle de Vitalis. Ce film, qui fait suite à de nombreuses transpositions disponibles en DVD (Marc Allégret, 1934 ; André Michel, 1958 ; Jean-Daniel Verhaeghe, 2001), sera diffusé début 2018.

« J’ai cherché à amuser ceux qu’on ennuyait, dit Hector Malot dans son autobiographie littéraire, Le Roman de mes romans ; j’ai voulu provoquer leur intérêt, émouvoir leur cœur, les attirer, les retenir, les amener à demander aux livres leurs joies ou leurs consolations. »

Sans famille, comme d’autres titres de Malot, a, en effet, été l’ouvrage d’entrée en littérature de nombreux lecteurs, parmi lesquels plusieurs écrivains : Sabatier, Mauriac ou Sartre, par exemple… Archétype du roman populaire, dans l’acception la plus noble du terme, il connut dès sa publication, en 1878, un succès considérable, dans la lignée des romans d’apprentissage mettant en scène des enfants voyageurs.

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« La Création cinéma », d’Alain Bergala

"La Création cinéma", d'Alain BergalaLe dernier ouvrage d’Alain Bergala est un recueil de textes, dont le plus ancien date de 1989. Il ne s’agit pas à première vue d’un regard porté sur la pédagogie du cinéma, ni sur la façon dont le cinéma peut être enseigné dans diverses institutions, avec les questions et les difficultés que cet enseignement provoque parfois.

La forme anthologique est très classique : elle rassemble des textes parfois connus, marque des préférences et montre facilement les œuvres et les auteurs qui n’ont cessé de susciter la réflexion et d’interroger la manière de voir et de penser une image.

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« Le Client », d’Asghar Farhadi, Oscar du meilleur film étranger 2017

« Le Client », d’Asghar Farhadi, Des cris, un store entrebaillé par un homme qui regarde par la fenêtre : un plan-séquence étourdissant de virtuosité nous entraîne dans l’escalier et nous fait sortir d’urgence d’un immeuble qui menace de s’effondrer. Emad et Rana quittent à la hâte leur appartement qui se lézarde.

Les voilà sans domicile et réduits à s’installer dans le théâtre où ils jouent ensemble La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Mais le régisseur leur propose un appartement qui vient de se vider de son occupante. Reconnaissants, ils s’y installent.

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« Juste la fin du monde », de Xavier Dolan, d’après Jean-Luc Lagarce

"Juste la fin du monde", de Xavier DolanPour un enseignant, le film de Xavier Dolan, réalisé en 2016 et disponible en dvd, peut être très utile : avec un casting composé de stars, il offre la possibilité à des adolescents d’avoir accès à une œuvre théâtrale moderne, que l’adaptation cinématographique permettrait de rendre accessible, moderne et peut-être plus séduisante.

« Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. » (Jean-Luc Lagarce.)

Le film n’est pas une captation d’une pièce de théâtre mais une adaptation, plus proche d’une vampirisation, où Xavier Dolan s’approprie la pièce écrite par Jean-Luc Lagarce en 1990, pour la faire connaître certes, pour montrer son goût des psychodrames et d’une écriture moderne et âpre, mais aussi pour approfondir son univers propre en utilisant un matériau façonné par un autre, et en le retaillant aux dimensions de son imaginaire.

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