« Alabama Monroe », de Felix van Groeningen

felix-van-groeningen-alabama-monroeLe film du réalisateur belge Felix van Groeningen Alabama Monroe relate avant tout une histoire d’amour fusionnel, dans l’arrière-pays flamand, entre deux musiciens country, le joueur de banjo Didier et la tatoueuse Élise.

Après La Merditude des choses (2009), portrait plein d’outrance burlesque et de noire mélancolie d’une famille adonnée à la bière et à l’abjection, le cinéaste change de genre et d’univers pour donner un film poétique et émouvant sur un mariage fougueux, détruit par l’adversité.

 

De la scène de théâtre au cinéma

À l’origine du projet, une pièce de théâtre centrée sur un concert de bluegrass, dans laquelle un joueur de banjo, une chanteuse et trois musiciens, tout en jouant et chantant, racontaient leur vie. La mise en scène reproduisait le concert où les musiciens et le couple prenaient le public à témoin de leur quotidien et de leurs sentiments.

Fasciné par ce spectacle, van Groeningen a demandé à Johan Heldenbergh, qui avait écrit et mis en scène la pièce et l’avait jouée une centaine de fois, d’accepter le rôle principal de son film sans intervenir dans le processus d’écriture, ce qu’il a accepté avec une remarquable confiance. En revanche, la comédienne n’a pas convaincu le cinéaste, qui a choisi à sa place Veerle Baetens, véritablement explosive dans le rôle de la chanteuse.

Un montage inventif et audacieux

Pourtant le film ne ressemble en rien à du théâtre filmé. Avant tout grâce à un montage inventif et audacieux qui ignore le flash back pour créer une véritable mosaïque temporelle où les moments d’un passé lumineux éclairent un présent tragique auquel ils sont inextricablement mêlés de façon presque conjuratoire.

C’était déjà une structure en allers et retours qui faisait l’originalité du film précédent. Ici, le cinéaste retrace sur quelques années la vie du couple rythmée par les différents concerts et bouleversée par la fatalité.

Une émotion sans pathos

Une maladie de la petite fille est ardemment combattue par ses parents, un peu comme dans La guerre est déclarée de Valérie Donzelli (2011). Mais la raison de la mère résiste mal à l’inévitable et le cinéaste nous fait assister à la lente désagrégation du couple, miné par le chagrin.

Avec un tact infini, il réussit l’exploit de transmettre l’émotion sans pathos ni effets spectaculaires, en faisant passer presque tout par le biais de la musique, véritable vedette du film. Déclaration d’amour, demande en mariage, anniversaire de l’enfant, cris de douleur, révolte contre le discours lénifiant des religions s’expriment en chansons sur la scène des concerts.

 

Une œuvre intense

Un scénario  bien construit et débordant de vérité fait de ce mélodrame familial une œuvre intense, servie par une interprétation époustouflante, qui nous émeut profondément. Le rôle clé conféré à la musique country le rend atypique dans son genre même.

Le montage et un remarquable travail sur la photographie font passer sans transition des couleurs vives et des images désopilantes du bonheur insouciant aux teintes sombres du malheur, des scènes joyeuses de l’amour naissant aux images du désespoir, mêlant constamment humour et tragédie dans un pot-pourri qui est celui de la vie même.

Anne-Marie Baron

 

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