« 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », d’Alexandre Arcady

"24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi", d'Alexandre ArcadyIl y a des films dont on ne peut parler qu’avec crainte et tremblement. Comme les films sur la Shoah par exemple. Le film d’Alexandre Arcady est de ceux-là. C’est un thriller haletant, mais il relate surtout avec la plus grande fidélité un fait divers si révélateur de l’état moral de notre société qu’il en devient un signal d’alerte emblématique.

La France a vécu en janvier et février 2006 l’affaire Ilan Halimi, les 24 jours où s’est scellé le sort terrible de ce jeune homme séduit par une jeune femme servant d’appât pour le compte de kidnappeurs avides. Leur raisonnement simpliste était celui-là même qui avait alimenté toutes les théories du complot : les juifs sont riches et solidaires, ils paieront une grosse rançon.

Pour avoir la somme demandée, ils n’ont pas hésité à menacer et à harceler la famille du jeune homme. Quant à lui, refusant de le nourrir, ils l’ont torturé de toutes les façons possibles par haine et par mépris. Simplement parce qu’il était juif.

 

L’analyse  méthodique d’une politique de déni policier et politique

Le film nous fait revivre avec une rigueur exemplaire le déroulement inexorable de ce drame, servi par des acteurs hors pair comme Zabou Breitman ou Jacques Gamblin. Premiers contacts des ravisseurs, appel à la police d’une famille plongée soudain dans l’horreur, stratégie du Quai des Orfèvres qui refuse de céder au chantage et oblige la mère à retourner travailler, le père à recevoir les appels du chef de gang pour ne pas éveiller ses soupçons. Principes sains mais reposant sur une erreur d’appréciation.

Le fait divers n’est rendu public que quand Ilan Halimi est retrouvé mourant au bord d’une route. Il faudra de nombreuses manifestations publiques d’indignation pour que la BRI (brigade de recherche et d’intervention) accepte de requalifier ce qu’elle avait jusque-là traité de « crime crapuleux » en « acte antisémite« .

La grande qualité du film d’Alexandre Arcady est de mettre au jour méthodiquement cette politique de déni policier et politique qui, pour ne pas troubler la sérénité publique, a conduit au premier crime dans une enquête de ce genre. L’affaire Mohamed Mérah a par la suite confirmé l’existence en France d’un antisémitisme impitoyable, impossible à nier.

 

Éduquer à la fraternité

Notre rôle d’éducateurs est d’organiser pour les élèves de plus de douze ans des projections de ce film, qui alerte l’opinion, pour bien leur faire comprendre que la fraternité inscrite dans la devise issue de la Révolution française et qu’ils pratiquent au quotidien dans leurs établissements scolaires est un principe sacré qui leur interdit toute ségrégation, tout racisme et toute haine à l’égard de quelque religion que ce soit.

Des discussions avec eux au sujet d’un tel film – si dur soit-il, mais ils en voient bien d’autres sur leurs petits écrans – paraissent salutaires et de nature à les faire réfléchir aux conséquences tragiques du rejet des autres. Mais aussi à l’indifférence coupable de ceux qui, comme les habitants de la cité où était détenu Ilan Halimi, ont préféré ne rien voir, ne rien entendre et même aider les ravisseurs. Pour gagner de l’argent ou simplement pour ne pas déranger la tranquillité de leur vie ordinaire.

Peut-on encore dormir quand on a été témoin passif d’un tel acte? On a appelé les ravisseurs le « gang des barbares » et c’est bien de barbarie qu’il s’agit ici. Or nous sommes un pays civilisé et un pays de droit qui ne peut tolérer que ses jeunes gens se comportent en bourreaux ou soient les victimes de comportements inhumains. Notre devoir est d’agir en ce sens et de montrer le film d’Alexandre Arcady, 24 jours..., le plus largement possible pour réveiller les consciences et obtenir enfin que de telles situations ne se reproduisent plus.

  Anne-Marie Baron

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Une réflexion au sujet de « « 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », d’Alexandre Arcady »

  1. J’aime beaucoup la réflexion d’Anne-Marie Baron notamment son troisième point « éduquer la fraternité », car effectivement un tel « film coup de poing » nécessite un accompagnement au moins dans le cas d’une projection pour spectateurs adolescents. Arcady a le mérite « d’ouvrir » le débat sous une forme « spectaculaire » à partir d’un fait divers sordide. Il y a donc matière à expliquer, à remettre en perspective, en montrant en particulier que l’antisémitisme (comme le racisme) s’initialise dans la banalité de la conversation, dans les préjugés colportés banalement, qu’il est donc à la fois latent et « discrètement » effectif.
    Le projet du réalisateur de « l’Union sacrée » dont on a pu sans doute à juste raison critiquer parfois le caractère simplificateur de ses films à thèse, trouve ici un enjeu majeur: amener le spectateur à partir de son émotion « brute » à se questionner et interroger sa propre société.

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