« Fais de beaux rêves », de Marco Bellocchio, le couronnement d’une œuvre majeure

"Fais de beaux rêves", de Marco BellocchioMarco Bellocchio fait l’objet d’une rétrospective intégrale à la Cinémathèque française. C’était bien le moins que l’on pouvait faire pour célébrer l’un des derniers grands cinéastes en activité de la Nouvelle Vague italienne, qui sort un film bouleversant, Fai bei sogni (« Fais de beaux rêves »), sorte de recherche du temps perdu.

Cette nouvelle œuvre confirme tout ce que le reste nous avait appris. Depuis toujours Bellocchio est un révolté. Dès son premier film, Les Poings dans les poches (1965), ce cinéaste très engagé politiquement proteste, s’indigne, se bat contre les institutions dans une œuvre largement autobiographique.

L’église et son pouvoir exorbitant en Italie, la famille, qui est sa complice avec ses simagrées hypocrites (Le Sourire de ma mère, 2002), les pensionnats religieux qui préparent sa mainmise sur les individus, avec leur enseignement rétrograde, leur discipline trop rigoureuse, leur inefficacité évidente (Au nom du père, 1972), la justice (Le Saut dans le vide, 1979) toujours suspecte.

Les premiers films de Bellocchio sont provocants, rageusement sacrilèges et joyeusement blasphématoires; ils ne reculent devant aucun excès thématique ou stylistique. Puis après un long silence, il revient dans les années 2000 avec une série de films plus mûrs, plus sobres, mais tout aussi critiques des travers de son époque.

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« Loving », de Jeff Nichols

1958, État de Virginie. Mildred Jeter et Richard Loving s’aiment. Il est Blanc, elle est Noire. Pour échapper aux lois ségrégationnistes en vigueur, et dans l’attente imminente de leur premier enfant, le couple part se marier hors des frontières de l’État.

Arrêtés puis condamnés à un an de prison – suspensif en cas d’exil du territoire virginien –, les époux Loving se réfugient à Washington. Là, loin des leurs mais soutenus par l’ACLU (American Civil Liberties Union), ils entament une procédure de défense de leurs droits civiques qui les conduit jusqu’à la Cour suprême des États-Unis.

En 1967, celle-ci prononcera l’arrêt « Loving versus Virginia », cassant le jugement de l’État de Virginie.

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« American Honey », d’Andrea Arnold

"American Honey", d’Andrea ArnoldAprès avoir sondé les affres adolescentes sous ses propres latitudes londoniennes (Fish Tank en 2009), la cinéaste britannique Andrea Arnold a choisi le Midwest états-unien pour décor de son quatrième long-métrage, American Honey.

Soit un road-movie (musical) s’étirant des vastes plaines de l’Oklahoma aux champs pétroliers du Dakota du Nord.

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Le Prix Jean Renoir des lycéens 2016-2017 sera remis en mai prochain

Prix Jean Renoir des lycéens

Le Prix de l’Éducation nationale du Festival de Cannes est mort… Vive le Prix Jean Renoir des lycéens. Né en 2011 à la suite du premier, victime de ses contraintes, et sur le modèle du Prix lycéen de l’académie de Créteil, le Prix Jean Renoir des lycéens (PJRL) voit son audience croître d’année en année. Il en est aujourd’hui à sa sixième édition.

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« Ma vie de Courgette », de Claude Barras, scénario de Céline Sciamma

"Ma vie de Courgette", de Claude Barras, scénario de Céline SciammaUn film d’animation propice à une liaison CM2/sixième

S’ouvrant sur un fait divers, le scénario du dernier film d’animation de Claude Barras, réalisé d’après le roman de Gilles Paris (Plon, 2002), emprunte à la fois les voies du roman d’initiation et celles de l’enquête documentaire.

Un petit garçon, Icare, surnommé Courgette par sa mère, alcoolique et violente, est placé dans un foyer d’accueil après le décès de cette dernière.

Alors que le titre même du film, Ma vie de Courgette, tout comme son affiche, auraient pu laisser prévoir un film à tonalité puérile, dès son entrée en matière, il s’ouvre sur la souffrance enfantine et sur les processus de placements temporaires ou définitifs des enfants orphelins ou éloignés de leurs parents par décision de justice.

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« Œdipe roi », de Pasolini, pas à pas

"Œdipe roi", de Pier Paolo PasoliniL’objet de cet article n’est pas de comparer la pièce de Sophocle et le film de Pier Paolo Pasolini, ni de chercher à caractériser à tout prix quelle sorte d’adaptation Pasolini a créée. Ce n’est pas le degré de fidélité qui nous préoccupe ici. Nous chercherons plutôt à envisager le film de Pasolini comme une entité singulière qui s’efforce de raconter sa propre histoire avec les moyens du cinéma.

Ceux-ci ne sont pas un vecteur qui permet de conduire la fiction, c’est l’enjeu même de la fiction. Cette notion peut être difficile à faire passer auprès des élèves, aussi essaierons-nous de nous trouver au plus près du geste narratif et fictionnel de Pasolini pour comprendre comment sa conception du récit permet d’inventer des trouvailles poétiques absolument cinématographiques.

Le texte de Sophocle se trouve évidemment en arrière-plan de notre travail, mais il n’en est pas le moteur privilégié. Le cœur est constitué par les images de Pasolini, la façon dont il prend en charge les corps et dont il attise et provoque constamment les émotions du spectateur.

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Pourquoi faire étudier en première «Thérèse Desqueyroux», de François Mauriac ?

"Thérèse Desqueyroux", de François MauriacLire un roman ne va plus de soi pour un élève de première : « Des pages bourrées de lignes comprimées entre des marges minuscules, de noirs paragraphes entassés les uns sur les autres et, par-ci par-là, la charité d’un dialogue […] c’est épais, c’est compact, c’est dense, c’est un objet contondant, un livre », écrivait déjà Daniel Pennac dans Comme un roman.

Le premier avantage, très prosaïque, qu’offre Thérèse Desqueyroux, c’est d’être un roman assez court, tout en restant une œuvre phare du genre au XXe siècle.

Ensuite, ce roman présente une structure classique, et suit une composition rigoureuse qui permet d’initier les élèves à la construction d’un récit. Mauriac a retenu des choix narratifs intéressants à faire découvrir parce qu’ils sont porteurs de sens et qu’ils peuvent devenir des outils pour faire écrire ou réécrire les élèves.

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