La Charte pour l’éducation artistique et culturelle

Charte pour l'éducation artistique et culturelle

Le Haut Conseil de l’éducation, créé en 2005 puis renouvelé sous le gouvernement précédent avec pour mission d’« accompagner le développement de l’éducation artistique et culturelle et en faire un objectif de formation majeur à l’école », a publié en 2016 une charte dont les éléments sont reproduits ci-dessus.

Si cette charte ne change guère les finalités reconnues à l’éducation artistiques, elle diffère en ce qu’elle choisit de rappeler des principes et ne prétend pas édicter les moyens. Elle libère plus qu’elle n’enserre.

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Du Guide à la Charte

En 2013 Le ministère mettait à disposition des enseignants un guide pour la mise en œuvre du parcours d’éducation artistique et culturelle qui faisait la part belle à la pédagogie en s’appuyant sur les notions de projet, de démarche méthodologique, d’interdisciplinarité.

Cette lourde mise en œuvre se fondait sur trois piliers : connaissances, pratiques, rencontres, et semblait privilégier le second : la pratique, la réalisation de projets artistiques de la part des élèves.

Il y avait aussi en arrière-plan l’idée que l’établissement scolaire pouvait devenir ponctuellement un établissement culturel, avec une exposition, un spectacle, un concert, et ultime incitation, il fallait comprendre l’injonction à travailler avec les territoires et leurs « atouts locaux » : il s’agissait explicitement de coordonner ces actions avec les réformes territoriales en cours.

Ce guide très articulé sur les programmes et les disciplines (notamment l’histoire des arts) faisait de la culture vivante un complément de la culture scolaire plus qu’un mode d’éducation autonome, et la charte vient à point nommé replacer l’accent sur l’identité propre de cette facette de la culture.

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Des objectifs clarifiés

C’est ainsi que les dix articles reprennent et clarifient les objectifs affichés du HCEAC : transmettre les fondements d’une culture humaniste, mieux articuler théorie et pratique culturelle et artistique, découvrir les artistes de son temps.

L’article 1 rappelle que cette éducation doit être accessible à tous. L’article 2 la définit comme la fréquentation des œuvres, la rencontre d’artistes, la pratique et l’acquisition de connaissances. Les articles 3 et 4 en énoncent le résultat : une éducation à l’art et une éducation par l’art. Les articles 5 et 6 envisagent les bénéficiaires : les jeunes dans tout le temps de leur scolarité mieux à même de tirer du sens de leurs expériences. Les articles 7,8 et 9 s’adressent aux animateurs de cette éducation, mettant l’accent sur l’engagement de partenaires différents (7) susceptibles de bâtir des projets (8) et dotés d’une formation appropriée (9). Enfin, l’article 10 appelle à une évaluation et valorisation de ces actions dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle.

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Donner du sens au Pass Culture

Pour que le Pass Culture annoncé par le Ministère à hauteur de 500 € pour tous les jeunes de 18 ans ait réellement du sens, il faut que l’école ait au préalable construit ce citoyen amateur d’art et spectateur d’œuvres. Car comme l’écrivait Olivier Donnat en 2008 dans son rapport à l’Observatoire des inégalités sur les pratiques culturelles des Français :

« il n’y a pas de désir universel et spontané de  culture, entravé ici ou là par des barrières sociales mais toujours prêt à ressurgir parce que naturel : il y a un désir et un plaisir transmis seulement par legs et héritage. »

En 2013, le Haut conseil s’est félicité d’avoir rendu obligatoire l’enseignement de l’histoire des arts à différents niveaux de la scolarité, il faut désormais œuvrer pour rendre obligatoire au moins une fois au collège (en 3e ?) et une fois au lycée (en 1re ?) les sorties culturelles au musée et au théâtre parce qu’aucune leçon, aucune pratique scolaire, aucune manifestation dans l’enceinte d’un établissement scolaire ne remplacera la fréquentation des lieux culturels.

Tout autant que ce don de 500 € par chèque-culture, la sortie obligatoire serait une autre forme de don, une sortie offerte, gratuite pour l’élève – à la différence de la sortie facultative à la charge des familles – et qui de surcroît ferait bénéficier le jeune d’un accompagnement pédagogique plus productif que la sortie individuelle.

La charte de l’« école du spectateur » établie en 2009 fixait déjà les bases d’un art d’être spectateur à partir d’un travail scolaire avant, pendant et après la sortie. Mais avant de savoir regarder et écouter, il faut avoir l’envie de franchir le seuil : la fréquentation suppose une familiarité avec ces lieux de culture que seule l’école peut apporter par des sorties régulières, non pas présentées comme un travail scolaire déguisé mais comme un moment festif, voire une récompense, en tout cas un plaisir à partager.

L’art d’être spectateur ne doit pas être forcément un art savant mais doit aussi se reconnaître comme art de récréation intelligente. S’il s’agit bien d’une autre forme d’école à bâtir à côté de l’école, ce n’est pas dans l’école qu’il y aura lieu d’en évaluer le bénéfice, mais dans la vie, par une constatation statistique de l’augmentation de la fréquentation des salles de spectacle par les jeunes, quels que soient les milieux et les territoires.

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Le droit de vivre « en vrai » l’expérience culturelle et artistique

Après la rentrée en musique, la sortie au théâtre serait ainsi un autre signe d’amitié que les Ministères de la Culture et de l’Éducation enverraient au HCEAC, ne se satisfaisant plus de discours, de sites, de documents, de protocoles et de projets lorsqu’il s’agit d’amener les jeunes à la culture, ne faisant pas de cette charte une déclaration de plus d’amour à l’humanisme, mais affirmant que désormais littéralement, physiquement, spatialement tout jeune aurait le droit de vivre en vrai l’expérience culturelle et artistique.

Pascal Caglar

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• Télécharger la Charte pour l’éducation artistique et culturelle (pdf).

• L’éducation artistique et culturelle sur Éduscol.

Voir sur ce site :

À quand, le théâtre pour tous, par Pascal Caglar.

Théâtre et jeunesse – Grandir pour ne pas vieillir, par Martial Poirson.

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