« Rodin », de Jacques Doillon

On pourrait se montrer surpris de retrouver Jacques Doillon aux commandes d’une « biographie filmée » (biopic) sur Auguste Rodin. On pourrait s’en étonner, et craindre que la logorrhée foutraque d’une partie de son cinéma ne mène aux mêmes outrances que le Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988).

Mais Doillon n’est pas Nuytten, pas plus que Vincent Lindon n’est Gérard Depardieu. L’ogresque interprétation de ce dernier cède ici la place à une prestation travaillée de l’intérieur, habitée, contenue, « rentrée » jusqu’à l’opacité. Seule la glaise que Rodin/Lindon malaxe à longueur de temps semble devoir parler à sa place. Et quand les mots lui sortent enfin de la bouche, ils semblent pétris de la même pâte tant ils sont parfois inaudibles, pris dans le gras de sa voix épaisse.

À ses côtés intermittents, Camille Claudel, astre jadis incandescent, n’est cette fois plus qu’une étoile filante, élève sage et mutine amante (Izïa Higelin n’est pas non plus Isabelle Adjani).

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« L’Hôtel du libre échange », de Georges Feydeau

Le XIXe siècle est aussi bien l’inventeur du théâtre de lecteurs, le théâtre (à lire) dans un fauteuil des romantiques, que du théâtre d’acteurs : le théâtre  à voir absolument sur scène, théâtre des vaudevillistes dont le succès croissant accompagna sous le Second Empire et la IIIe République l’ouverture effréné de salles de spectacle.

La version de L’Hôtel du libre échange offerte par la Comédie-Française dans une mise en scène d’Isabelle Nanty retrouve ces qualités de jubilation, de plaisir et de récréation pure qui firent les beaux jours de cette pièce couronnant Feydeau en 1894.

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« De toutes mes forces », de Chad Chenouga

« Me plonger dans les études, c’était pour moi le seul moyen de m’en sortir. Il fallait avoir la « niaque » de bosser et bosser encore. Comme un rapport mortifère aux études… »

Cette belle détermination est celle (ancienne) de l’acteur-réalisateur Chad Chenouga qui, à l’occasion de la sortie de son deuxième long-métrage, De toutes mes forces, évoque sa difficile scolarité et sa prise en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance suite au décès de sa mère toxicomane.

« À l’époque, précise-t-il, tant qu’on passait en classe supérieure, on continuait à être aidé par la DASS, et ça pouvait aller jusqu’à 23 ou 24 ans, même s’il était rare que les jeunes placés fassent des études supérieures. C’était une aide modeste mais essentielle ; elle m’a permis de faire un troisième cycle d’économie, et d’intégrer Sciences Po Paris, d’où je suis parti avant la fin du cycle d’études car je ne m’y sentais pas tout à fait à ma place… ».

Qu’importe. Sa place, Chenouga la trouvera ailleurs, devant et derrière la caméra. À la télévision et au cinéma.

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« Glory », de Kristina Grozeva et Petar Valchanov

"Glory", de Kristina Grozeva et Petar ValchanovLe cinéma bulgare nous donne rarement de ses nouvelles. Sa santé est à vrai dire fragile. En dépit d’une petite embellie observée en 2016, le pays ne parvient guère à produire plus d’une vingtaine de films par an. Peu franchissent ses frontières.

Raison de plus pour jeter un regard attentif au second volet (après La Leçon en 2015) de la trilogie sociale réalisée par Kristina Grozeva et Petar Valchanov.

 

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« 14 ans, premier amour », d’Andreï Zaïtsev

"14 ans, premier amour", d’Andreï ZaïtsevLa douce fragilité du premier film du cinéaste russe Andrei Zaïtsev est tout entière inscrite dans son titre. 14 ans, premier amour a la concision des regards énamourés jetés à la dérobée.

Sa juxtaposition nominale évoque la nervosité, la raideur du jeune cœur épris qui bat à tout rompre ; elle annonce l’angoisse, l’attente fébrile, le souffle court du premier émoi.

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« Après la tempête », de Hirokazu Kore-eda

Depuis Distance (2001) et surtout Nobody Knows en 2004, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda dévide sa pelote cinématographique de l’intime, de la transmission, du deuil, des secrets de famille et de l’enfance troublée.

Ses films sont une fine broderie des sentiments, ourdie de jolis points d’émotion et d’une délicate attention pour l’existence en pointillé de ses personnages. Soit ici, Ryota, la quarantaine, divorcé, qui après un éphémère succès littéraire, travaille depuis lors dans une agence de détectives privés.

Joueur, il perd tout ce qu’il gagne dans des paris hippiques, et ne peut très souvent s’acquitter de la pension alimentaire due à Shingo, son fils de 11 ans. Mortifié de voir ce dernier s’éloigner de lui, au moment même où son ex-femme s’apprête à refaire sa vie, il tente néanmoins d’en reconquérir l’affection. Une démarche discrètement encouragée par sa bonne vieille mère…

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« The Lost City of Z », de James Gray, une quête mythique et philosophique

« The Lost City of Z », de James GrayEn 2009, La Cité perdue de Z, de David Grann, journaliste du New Yorker, remporte aux États-Unis un énorme succès de librairie. Cette enquête retrace la vie du major Percy Fawcett, explorateur convaincu d’avoir trouvé en Bolivie une cité qui ferait reculer les frontières du monde connu. Il disparaît mystérieusement avec son fils en 1925 lors de sa troisième expédition.

Cette aventure a lieu au début du XXe siècle, période des grandes explorations comme celle d’Ernest Shackelton parti à la découverte de l’Antarctique et d’Hiram Bingham découvrant le Machu Picchu au Pérou. Brad Pitt se passionne pour ce livre et passe commande du film à James Gray.

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« L’Opéra », de Jean-Stéphane Bron. L’excellence à l’œuvre

"L’Opéra", de Jean-Stéphane BronL’excellence à l’œuvre. Voilà qui résume bien le parti pris documentaire de L’Opéra, le huitième long-métrage de Jean-Stéphane Bron. Une large saison durant (de janvier 2015 à juillet 2016), le cinéaste helvétique a promené sa caméra dans les couloirs, bureaux, salles et coulisses de l’Opéra national de Paris pour en ausculter le fonctionnement.

Le résultat, ou comment du labeur naît le beau, est passionnant.

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