« The Dead Don’t Die ». Jim Jarmusch ou la subversion des genres cinématographiques

Jim JarmuschOn sait depuis Tabou de Jacques Tourneur (Walking with a zombie, 1943) – dont l’atmosphère angoissante est destinée à agir comme la magie vaudou – et les films de George Romero que le genre du film de zombies peut donner des chefs-d’œuvre.

Plus récemment dans Dernier train pour Busan, de Yeun Sang-Ho (2017), à la fois métaphore morale, sociale et politique, les zombies incarnent la contagion de l’agressivité et de l’égoïsme. Leur monstruosité physique met en évidence la monstruosité morale latente des gens dits normaux dans une société dite civilisée.

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« Les Météorites », de Romain Laguna

L’été. Le sud.

Nina, 16 ans, travaille dans un parc d’attractions. Une mère vaguement présente, quelques rares sorties, l’adolescente s’ennuie.

Morad, frère d’une de ses collègues, apparaît soudain. Elle s’en amourache, découvre la sexualité, avant que le garçon ne s’éclipse brutalement. Perdue, Nina poursuit seule son chemin…

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« Manuscrits de l’extrême : prison, passion, péril, possession » à la BNF

Bernard Maître, résistant, arrêté le 20 décembre 1943 et enfermé à la prison de Lure.
Message réclamant du matériel pour s’évader, écrit à la pointe d’épingle.
© BnF, Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Quand la page prend feu

Face à l’exposition qui a débuté le 9 avril dernier, on n’aura qu’un seul regret : qu’elle ne dure pas au-delà du 7 juillet. On passe dans les quatre salles un moment exceptionnel et on aimerait le partager longtemps, on pense à celles et ceux qui n’habitent pas Paris ou la France et qui ne pourront voir les documents exposés, ou cachés à la lumière.

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« Gloria Bell », de Sebastián Lelio

1er mai : Fête du travail… et des femmes au cinéma.

Sortaient ce mercredi-là sur les écrans rien moins que cinq longs-métrages dont le héros est une héroïne : Alice T. de Radu Muntean, Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska (lire également la critique), Her Job de Nikos Labôt, Jessica Forever de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, et Gloria Bell de Sebastián Lelio.

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Langues et cultures de l’Antiquité en lycée professionnel

Nuit européenne des musées 2019

Les élèves du Lycée expérimental Arts et Cultures Simone-Weil – François-Truffaut (Paris 3e) ont le plaisir de vous inviter à la Nuit des Musées, samedi 18 mai 2019 de 18 h 30 à 19 h 30 au Musée national Eugène Delacroix, 6, rue de Fürstenberg, à Paris 6e.

Les élèves vous guideront à travers l’exposition « Dans l’atelier, la création à l’œuvre » et vous présenteront la restitution de leur projet Langues et Cultures de l’Antiquité en lycée professionnel : Eugène Delacroix, mythologie et culture classique, Orphée apportant les arts et la paix aux Grecs encore sauvages, Bacchus et un tigre.

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«Trissotin ou les Femmes savantes», de Molière, mise en scène Macha Makeïeff

Un grand moment de bonheur au Théâtre La Scala

Comment expliquer un succès qui ne se dément pas depuis quatre ans ? Quel est le secret de ce Trissotin ou les femmes savantes, mis en scène par Macha Makéieff, créé pour les Nuits de Fourvière à Lyon en juillet 2015 puis repris à Marseille dans sa maison mère du Théâtre de la Criée, avant d’entamer une tournée en région puis au-delà, jusqu’en Chine, avec, pour dernière escale, le théâtre de la Scala à Paris ?

Résoudre cette énigme c’est revenir à la question de fond : qu’est-ce que jouer un classique ?

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« Monrovia, Indiana », de Frederick Wiseman

Le dernier film du documentariste Frederick Wiseman est souvent présenté dans la presse comme une exploration de l’Amérique trumpienne – c’est-à-dire celle qui lui a permis d’être élu et qu’il symbolise. Wiseman délaisse alors la description des institutions culturelles pour se plonger au sein d’une Amérique anonyme, éternelle, dont le paysage essentiellement agricole, à peine rayé de quelques routes, semble ne fluctuer qu’au gré des saisons et du rythme des pluies.

Dans le portrait continu que ses films dressent de son pays, Wiseman ne s’intéresse plus à la place de la culture et de l’éducation (c’était son film précédent, Ex Libris : The New York Public Library), ni à l’articulation politique des différentes cultures ou communautés (In Jackson Heights). Ces deux films se déroulaient dans sa ville, New York. Celui-ci s’intéresse précisément à son envers : non une mégalopole mais une toute petite bourgade d’à peine un millier d’habitants ; non la formation intellectuelle mais le travail des champs et des animaux ; non un cœur bouillonnant mais un village à l’écart, jaloux et soucieux de cet écart justement.

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« Dieu existe, son nom est Petrunya », de Teona Strugar Mitevska

Il est des films dont l’économie dramatique est inversement proportionnelle à l’intensité qu’elle génère. La modestie des moyens mis en œuvre conduit à un heureux resserrement de l’intrigue, interdisant toute ligne de fuite inutile.

Dieu existe, son nom est Petrunya, cinquième long-métrage de Teona Strugar Mitevska, une cinéaste macédonienne méconnue en France, est de ceux-là. En l’occurrence, son film s’appuie sur une contextualisation simple, efficace, inspirée de la règle des trois unités.

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