« L’École des femmes », de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

Deux hommes – Arnolphe et Chrysalde – pédalent, assis sur des vélos d’entraînement. Ils pédalent, et devisent des avanies du couple, et des contes que l’on en fait.

Le premier, la quarantaine, est catégorique. Contre les ennuis du « cocuage », il faut user de « méthode ». Qui consiste, pour sa part, à épouser demain une jeune personne, qu’il a très tôt enlevée de son pauvre milieu (dès l’âge de quatre ans !), et qu’il a ensuite séquestrée dans la sotte innocence du couvent.

Sourire en coin de son interlocuteur (excellent Assane Timbo), sceptique sur les mérites de la sottise…

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« Amanda », de Mikhaël Hers

« Amanda », de Mikhaël HersLe sujet d’Amanda est assez classique, la façon qu’a le cinéaste de le traiter l’est beaucoup moins. Un jeune homme, David (Vincent Lacoste), doit s’occuper de sa petite nièce de neuf ans, Amanda, après le décès brutal de sa mère, Sandrine, tuée dans un attentat.

Les récits de deuil sont courants, les prises de conscience et les témoignages de responsabilité également. Quant à la relation enfant-adulte, elle constitue un axe dramatique très fréquent. L’enjeu du film est de se placer dans un contexte politique contemporain brûlant et de le désactiver pour préférer une forme de délicatesse qui permet de décrire un bouleversement intime.

Il serait pourtant excessif et caricatural de dire que l’attentat n’est qu’un prétexte. Il est absolument essentiel que ce soit un attentat et non un accident de voiture, par exemple. Hers veut montrer le climat d’une grande ville aujourd’hui pour ériger son film en antidote, voire en contre-modèle. Il faut absolument qu’il y ait un fondement politique pour que l’énergie solaire et positive que dispense le film puisse apparaître comme un acte de foi, une décision morale face à la vie, et non comme une légèreté.

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« Heureux comme Lazzaro », d’Alice Rohrwacher

Heureux comme Lazzaro est un film rare à plus d’un titre : réalisé par une jeune cinéaste italienne qui n’a même pas encore quarante ans, il fait entendre une voix étonnante dans le cinéma européen. Alice Rohrwacher ne cherche pas à faire de la psychologie, mais dresse un constat sans appel de la décadence italienne et de la fracture au sein de son pays.

Elle n’arbore pas un message écologique ou féministe, mais montre avec finesse la force immémoriale de la nature et la façon dont les hommes et les femmes la vivent et la sentent. Elle veille à parler de ce qu’elle voit et ressent à l’instant présent, mais la direction réaliste de son film et de sa parole est sans cesse tressée à une appréhension illimitée pour tout ce qui est de l’ordre de la légende, de la croyance (pas seulement de la foi), d’un ordre suprahumain dans lequel baigne notre existence.

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« Suspiria », de Luca Guadagnino, le sublime et l’horreur

Après Call me by your name (2017) et A bigger splash (2015), remake de La Piscine de Jacques Deray, on n’attendait pas du cinéaste italien Luca Guadagnino une plongée dans le fantastique horrifique de Dario Argento, le roi du thriller, du gore et de l’horreur.

Pourtant ce réalisateur le fascine depuis l’enfance et il a enfin osé relever le défi de tenter une nouvelle version de Suspiria, le film le plus abouti de la trilogie formée avec Inferno et La troisième mère.

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Les institutions culturelles et l’Éducation nationale

On assiste depuis une dizaine d’années à une impressionnante augmentation de l’offre d’accompagnement pédagogique de la part des institutions culturelles d’État : théâtres, musées, bibliothèques.

Accès facilité pour les publics scolaires, tarifs particulièrement bas, aménagement de rencontres, de conférences, dossiers à disposition, partout en France les relais culturels de l’État, à commencer par les DRAC, déploient une belle énergie pour rapprocher le monde de l’éducation, enseignants et élèves, du monde des arts et des artistes.

Théâtres nationaux à Paris, scènes nationales et scènes conventionnées en province, musées nationaux ou régionaux accompagnent souvent avec imagination et intelligence la volonté de l’État de doter au maximum l’ensemble des territoires d’outils d’actions culturelles auprès des plus jeunes. On peut pourtant douter de l’efficacité réelle de ces ressources, tout comme de leur finalité ultime.

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Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu

Luiz Zerbini, « A Primeira Missa », 2014, acrylique sur toile, 200 × 300 cm, collection Luis Zerbini. Photo © Jaime Acioli.

La magnifique exposition qui se tient actuellement à la Fondation Cartier exige du visiteur un peu de patience. Il faut, en effet, du temps pour discerner les lignes de force qui unissent les quelque deux cents œuvres rassemblées pour l’occasion.

Aucune tête d’affiche n’offre de repères, ne présuppose de grille de lecture. L’entrée en matière effare ; la multiplicité des supports étourdit. Mais, le trouble passé, les efforts sont récompensés, l’intérêt et le plaisir immenses.

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« L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschweig à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans "L'École des femmes", de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon, Théâtre de l'Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans « L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon-Théâtre de l’Europe

L’inquiétante familiarité de la comédie

Il y a des pièces de Molière qui plus que d’autres sont embarrassantes tant l’écart est grand entre la forme et le fond, entre le genre revendiqué, la comédie, et le sujet traité, grave ou profond.

C’est le cas avec L’École des femmes, et c’est aussi cette tension que rend perceptible la mise en scène de Stéphane Braunschweig, alliant le comique et le dramatique, recherchant non pas la simplification plaisante mais la complexité troublante. Autant dire que le résultat est tout en intelligence.

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