« Emmanuel Berl. Cavalier seul », d’Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d’Ormesson

"Emmanuel Berl. Cavalier seul", d'Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d'OrmessonEmmanuel Berl peut faire penser à ces seconds rôles de l’âge d’or du cinéma français : acteurs polyvalents, présents partout, irremplaçables et souvent géniaux, mais jamais en vedette, jamais au premier plan, toujours en retrait.

Dans le paysage littéraire de l’entre-deux-guerres, et même jusqu’aux années 1970, Berl occupe une place essentielle en tant que passeur, intermédiaire entre des courants de nature différentes et des intellectuels au parcours varié.

Mais rarement il intéresse pour lui-même. Injustice qu’ont voulu réparer Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, des professionnels du genre, en consacrant une copieuse biographie à ce Frégoli de la plume invité à faire enfin, comme le dit le sous-titre, « cavalier seul ».

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Vers un bac allégé et « à la carte »? Sondages et stratégies

l y a plus de quarante ans déjà Pierre Bourdieu expliquait que l’opinion publique n’existait pas, qu’elle était une création de toutes pièces des instituts de sondage, qu’elle lissait les véritables différences et qu’elle profitait avant tout au pouvoir politique qui était en fait derrière la commande.

Avec le sondage réalisé en novembre par BVA pour l’Association des parents de l’enseignement libre (APEL), intitulé, La réforme du bac : une attente forte des parents, on est typiquement dans cet engrenage d’opinions fabriquées pour la circonstance et destinées à mettre en marche la réforme du bac sur les bases mêmes voulues par le Ministère.

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« Celui qui va vers elle ne revient pas », de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017

" Celui qui va vers elle ne revient pas", de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017De la foi à la franchise,
le chemin de Shulem Deen

Le prix Médicis Essai a été décerné cette année à Shulem Deen pour Celui qui va vers elle ne revient pas, le récit de son chemin vers l’hérésie, publié aux éditions Globe. Un long chemin de la foi à la franchise, un récit qui ne ménage certes pas sa communauté d’origine mais qui se tisse avant tout de son expérience personnelle.

Comment devient-on un apikorus, un hérétique ? C’est la question à laquelle Shulem Deen tente de répondre dans cet ouvrage aussi précis qu’émouvant. Précis et émouvant car l’auteur ne cherche ni à esquiver ses responsabilités ni à nier ses sentiments ; il n’avance pas suivant ses mouvements d’humeur mais de façon méthodique dans l’écart qu’il prend vis-à-vis de sa « vie d’avant », et il essaie également de retranscrire la douleur qu’il éprouve parfois dans la perte de cette identité initiale de trente ans.

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La confiance à l’épreuve des rencontres parents-professeurs

La confiance à l’épreuve des rencontres parents professeurs

Quand on est professeur, on rencontre des gens, beaucoup. Des braves gens souvent, des parents d’élèves qui viennent avec leurs questions, leurs angoisses, leurs désirs d’avenir – pour la majorité d’entre eux. Le désir d’un avenir réussi pour leurs enfants.

Les rencontres entre parents (ou responsables légaux) et professeurs font partie du rituel scolaire, elles sont l’un des grands rendez-vous de l’année. Et c’est souvent lors de ces rencontres que la question de la confiance – question d’actualité semble-t-il – se pose avec le plus d’acuité : c’est à cette occasion que nous nous devons à la fois d’inspirer et de donner confiance.

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« Jusque dans vos bras », mise en scène de Jean-Christophe Meurisse & Les Chiens de Navarre

Une question d’abord, posée dans le programme du spectacle, par le metteur en scène, Jean-Christophe Meurisse. :

« Quelle est donc cette fameuse identité française qui fait tant débat de nos jours et qui pourrait nous amener, dans nos visions les plus sombres, à une guerre civile ? »

Défiance ? Provocation ? Au contraire, invitation à une plaisante réflexion de choc sur un sujet – essentiel ?, en tout cas, cacophonique – qui fait aujourd’hui dissensus selon que l’on regarde en arrière ou devant soi.

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Les âges de la femme de « La Princesse de Montpensier » à « La Comtesse de Tende »

Mélanie Thierry © Studio Canal

Mélanie Thierry dans « La Princesse de Montpensier », de Bertrand Tavernier © Studio Canal

Lien conjugal et condition féminine au XVIe siècle
dans la fiction historique (XVIIe-XXIe siècle)

« La fiction et l’histoire se retrouvent non seulement dans leurs objectifs respectifs – le roman cherche à représenter le vrai et l’histoire la vérité – que dans les moyens d’y parvenir – discours et descriptions. »

Christian Zonza, La Nouvelle historique en France à l’âge classique (1657-1703), Honoré Champion, pp. 21-23.

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La publication de La Princesse de Montpensier en 1662 a eu un impact révolutionnaire dans le rapport de la fiction à l’histoire : l’histoire n’est plus seulement considérée comme une toile de fond servant de décor à une narration, elle devient la matière de la fiction et ses personnages et événements sont intégrés aux mécanismes de l’intrigue. Ceci est lié à une conception particulière de l’histoire qui naît dans la seconde moitié du XVIIe siècle : l’idée est de se détacher de l’histoire officielle et générale pour valoriser l’histoire particulière. Cette histoire particulière se donne pour but de combler les blancs de l’histoire générale en mettant en lumière les secrets de cabinets, en valorisant les existences particulières et individuelles et en soulignant les relations interpersonnelles.

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« Lait et Miel », de Rupi Kaur, un exemple de poésie populaire au XXIe siècle

Qui aurait jamais cru qu’un recueil de poèmes puisse, aujourd’hui, se vendre à plus d’un million d’exemplaire ? C’est pourtant la performance qu’a réalisé la jeune poétesse Rupi Kaur, âgée d’à peine vingt-quatre ans. Son recueil, Milk and Honey – traduit sous le titre Lait et Miel aux éditions Charleston –, a été inscrit parmi la liste des best-sellers du New York Times, pour s’être écoulé à plus d’un million quatre cent mille exemplaires.

Il faut dire que la jeune femme est parfaitement représentative de son époque : émigrée sikhe originaire du Pendjab, elle s’est établie à Toronto avec ses parents alors qu’elle n’avait que quatre ans. Elle a subi les désillusions que peut connaître une petite fille de couleur dans un pays où le machisme n’a pas totalement disparu et où les Blancs sont majoritaires. Femme issue d’une culture qui accorde la prééminence aux mâles, son pays d’adoption l’autorise néanmoins à prendre du recul et sa poésie est d’abord le fruit d’une revendication féministe.

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