« Le maître est l’enfant », d’Alexandre Mourot : le temps d’apprendre à vivre

Géraud se tait. Circonspect, placide, il promène dans la vaste pièce ses cheveux à l’as de pique, ses yeux noirs amusés et curieux, ses mains croisées dans le dos, sa blouse boutonnée avec soin, sa bouille irrésistible.

Il observe, les objets, les êtres et leurs gestes. Il expérimente, l’aimantation de la limaille de fer, le transport d’une cruche, la chaleur au toucher d’un linge fraîchement repassé, le transvasement de grains de riz dorés d’un récipient à un autre, le goût d’une carotte crue.

Il ramasse scrupuleusement le contenu d’un plateau tombé par terre, se fait repousser d’une main ferme par une fille qui veut lire tranquille, finit par se passionner pour le découpage minutieux de rectangles de papiers blancs.

Quelques mois plus tard, mis en confiance quant à ses propres forces, éclairé sur son propre désir, nourri de son propre mouvement et du spectacle de ceux des autres, Géraud entre dans sa « période sensible » d’intérêt pour les activités de langage. En huit semaines, il saura lire. Un mot simple, pour commencer, et qui éclate dans sa bouche comme un fruit mûr : sac !

Il en jubile, et nous avec lui.

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La rentrée littéraire serait-elle déjà terminée ?

La rentrée littéraire dans la presseAvec l’entretien accordé par Alice Zeniter au Monde des livres qui lui décerne son prix, c’est le premier temps de l’année littéraire qui se clôt cette semaine.

Il y a plusieurs manières de considérer celle-ci.

On peut y voir une course d’obstacles vers les prix, l’apparition et la réussite de figures d’écrivains, nouveaux talents et confirmés, ou bien encore les tendances, thèmes et sujets de la littérature d’aujourd’hui.

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Journées européennes du patrimoine, jeunesse et formation professionnelle

Journées européennes du pattrimoineLes journées européennes du patrimoine, pour leur 34° édition, étaient placées sous le thème de la jeunesse.

Difficile de parler jeunesse sans parler formation, éducation, et, dans nombre de lieux, édifices ou institutions qui ont joué le jeu de la jeunesse, ces journées sont devenues un hommage à la formation professionnelle.

C’est ainsi que la Sorbonne avait décidé de consacrer dans le hall de son Grand Amphithéâtre l’exposition de quelques réalisations artistiques et techniques d’élèves de bac pro, donnant ainsi un éclairage et une place plus que symbolique à ceux qui participent à leur manière au rayonnement culturel français. Entrant en résonance avec ces productions, certains mots des conférenciers de la Sorbonne rappelaient opportunément que c’est en ces mêmes lieux que se déroule chaque année la remise des prix des meilleurs ouvriers de France.

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Michel Tournier, « vagabond immobile »

À l’image de Giono qu’il admire, qu’il a lu au collège à l’âge de douze ans, qu’il a pris comme modèle, Michel Tournier n’aura pu connaître de son vivant la consécration représentée par l’entrée dans la « Bibliothèque de la Pléiade ». Comme l’écrivain de Manosque, il a participé à la naissance du projet, mais a disparu un an avant son achèvement, le 18 janvier 2016.

Il aurait pu se montrer satisfait de l’excellent travail fourni par Arlette Bouloumié et ses collaborateurs, Jacques Poirier et Jean-Bernard Vray. Il aurait sûrement aimé la magistrale introduction signée de celle qui consacra l’essentiel de sa carrière universitaire à celui que l’on nomma, un peu improprement,  l’« ermite de Choisel ».

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La Charte pour l’éducation artistique et culturelle

Charte pour l'éducation artistique et culturelle

Le Haut Conseil de l’éducation, créé en 2005 puis renouvelé sous le gouvernement précédent avec pour mission d’« accompagner le développement de l’éducation artistique et culturelle et en faire un objectif de formation majeur à l’école », a publié en 2016 une charte dont les éléments sont reproduits ci-dessus.

Si cette charte ne change guère les finalités reconnues à l’éducation artistiques, elle diffère en ce qu’elle choisit de rappeler des principes et ne prétend pas édicter les moyens. Elle libère plus qu’elle n’enserre.

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« Une mère », de Stéphane Audeguy. Un horizon de liberté

"Une mère", de Stéphane AudeguyL’élégie est, selon Stéphane Audeguy, « une affection émue ».

C’est le genre qu’il choisit pour évoquer sa mère, morte en juillet 2016. Il n’est pas ici question de sa mort, « mais de sa vie », écrit l’auteur.

Sabine Audeguy n’est pas enfermée dans un tombeau, autre genre littéraire que peut apprécier l’auteur de In mémoriam, paru au Promeneur. Elle trouve une sorte de liberté liée à la forme de ce court récit.

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À quand, le théâtre pour tous ?

À quand, le théâtre pour tous ?

Le 6 août dernier Françoise Nyssen, ministre de la Culture, déclarait au JDD : « Ma mission : que l’accès à la culture et plus particulièrement à la diversité culturelle ne soit pas une chance pour certains mais un droit bien réel. »

Quelques jours après elle confiait au Figaro : « La culture n’est pas un supplément d’âme, elle est constitutive de l’éducation. »

À cet égard, les publics du théâtre, à commencer par le public scolaire, devraient particulièrement intéresser les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, puisque si la culture est constitutive de l’éducation, les chiffres de fréquentation sont loin de témoigner d’un égal accès de tous aux spectacles, et l’école – collège ou lycée – est loin de remédier aux inégalités.

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