Le théâtre au cinéma, ou la Comédie-Française pour tous

Pathé Live : la Comédie-Française au cinémaDepuis 2016, la Comédie-Française, en partenariat avec Pathé Live, retransmet certaines de ses pièces  en direct au cinéma. Le concept était né au milieu des années 2005 lorsque Pathé – déjà – avait initié la retransmission en direct d’opéras, répondant aux attentes d’un vaste public de mélomanes privés de  théâtres musicaux dans leurs lieux de vie et écartés des grandes salles par les prix pratiqués à l’Opéra Bastille ou au Palais Garnier.

Avec l’opération Théâtre au cinéma la démocratisation de la culture s’étend et s’oriente davantage vers les jeunes publics, puisque l’une des grandes innovations de ces retransmissions théâtrales est, outre d’avoir lieu en direct, d’être proposées à la demande des enseignants qui peuvent avec le cinéma de leur ville organiser une projection pour leurs élèves quelques semaines après la première diffusion publique, et cela au tarif scolaire en vigueur dans la salle.

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« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel Mouret

« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel MouretEmmanuel Mouret est un cinéaste français qui, jusqu’à aujourd’hui, s’est épanoui dans le genre de la comédie. On l’associe très souvent à l’adjectif rohmérien, car dans son cinéma la parole est cruciale et détermine la mise en scène.

Les personnages explicitent leurs sentiments au moment même où ils naissent, sans toutefois parvenir à exprimer leur vérité et à ne pas se mentir. L’humour provient alors de ce décalage entre sentir et dire, aimer et séduire, s’approcher du corps de l’autre et réussir à le toucher.

C’est toutefois très réducteur, tant Mouret s’appuie sur une histoire du cinéma français plus ample qu’un simple nom, et qui passe par le sensualisme de Jean Renoir comme par la férocité de la formule chère à Sacha Guitry. Mademoiselle de Joncquières confirme un changement dans son œuvre : la comédie n’est plus le genre prédominant.

Mouret cherche surtout l’émotion ou l’émoi du sentiment amoureux, et la palette s’est élargie, de la rencontre à la séparation, voire à l‘amertume de la séparation. Les personnages d’aristocrates de son dernier film permettent d’inscrire ses préoccupations dans un autre cadre historique et culturel. Le siècle des Lumières, ses troubles et sa recherche d’analyse, est l’occasion de donner une autre profondeur à ses récits.

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Étudier des « Lettres familières » d’écrivains

Cette séquence autour du recueil de Lettres familières réunies par Marie Pérouse-Battello (« Classiques » de l’école des loisirs) s’adresse à des élèves de troisième et s’inscrit dans l’axe d’étude intitulé « Se raconter, se représenter », les Instructions officielles recommandant la lecture « d’extraits d’œuvres de différents siècles et genres, relevant de diverses formes du récit de soi et de l’autoportrait : essai, mémoires, autobiographie, roman autobiographique, journaux et correspondances intimes ».

Outre le développement de compétences orales et écrites, cette séquence vise à assurer une passerelle entre les classes de troisième et de seconde.

Elle fait alterner lectures analytiques en classe et lectures cursives afin d’asseoir des repères de culture littéraire utiles en vue de l’entrée au lycée. Elle peut prendre place au cours du dernier trimestre et offre aux élèves l’occasion de rencontrer certains auteurs qui seront au cœur des objets d’étude en seconde, parmi lesquels, pour ne citer que ceux du XIXe siècle, Stendhal, Chateaubriand, Flaubert, Baudelaire ou encore Rimbaud.

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Quelques pistes pour aborder l’affaire Maurice Audin en classe

Josette et Maurice Audin

Josette et Maurice AudinDde la disparition à la reconnaissancee la disparition à la reconnaissance

De la disparition
à la reconnaissance

Le 11 juin 1957 dans la soirée, à Alger, Maurice Audin était arrêtée chez lui par des soldats du 1er Régiment de chasseurs parachutistes (RCP). Il est emmené au Centre d’interrogatoire d’El-Biar, haut lieu de torture de l’armée française pendant la guerre d’Algérie avec la villa Sésini ou encore la ferme Améziane.

Sa femme et ses trois enfants ne l’ont jamais revu. L’armée française a alors affirmé qu’il s’était évadé.

Sa famille, ses proches et d’autres n’ont cessé de se battre pour établir les faits : comment et par qui a-t-il été tué ? Le Comité Maurice Audin, créé dès 1957 avec les historiens Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux ou encore le mathématicien Laurent Schwartz, n’a eu de cesse d’alerter l’opinion publique par des brochures et des livres, et de solliciter les autorités publiques pour obtenir des réponses. En vain.

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Devenir enseignant : éléments de langage pour une campagne de recrutement

Devenir enseignantÇa y est ! La campagne de recrutement est lancée, le mois des inscriptions est ouvert, les candidats ont jusqu’au 11 octobre pour s’inscrire aux différents concours de l’enseignement.

Le site ministériel Devenir enseignant égrène ses pages d’information (le parcours, les types d’établissement, la carrière, la mobilité, les rémunérations) et son album photo souriant (moi avec mes élèves dans la cour, moi avec mes collègues en salle des profs, moi en classe penché près d’un élève), et, il faut bien le dire, l’ensemble est très bien fait, très riche, très complet, constituant un trésor de documentation. Mais le site est si propre, si lisse, si heureux qu’il en devient troublant : comment un métier si séduisant pourrait-il manquer de candidats ?

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« Mary Shelley », de Haifaa Al Mansour, excellent biopic et genèse d’une œuvre majeure

« Mary Shelley », de Haifaa Al MansourPeu de romans ont été aussi mal compris, aussi dénaturés que Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) et peu d’auteurs ont été aussi méconnus que son auteur Mary Shelley. I

l faut dire qu’elle était la fille de William Godwin – grand philosophe et romancier britannique – et de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et la compagne du jeune poète Percy Bysshe Shelley. Et pourtant, reconnu dès sa parution, le texte est si bien écrit et son intrigue si fascinante qu’il n’a jamais cessé d’être un bestseller.

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« Les Frères Lehman », de Stefano Massini

"Les Frères Lehman", de Stefano MassiniDans la danse avec les frères Lehman

En donnant un chant épique qui se déroule sur un air de piano mécanique, Stefano Massini saisit la trépidation de l’Amérique à travers le destin d’une dynastie, celle des banquiers Lehman.

Du rythme avant toute chose, semble nous dire Stefano Massini dont le livre à peine ouvert saisit son lecteur, le prend par la main pour l’entraîner dans la ronde de la vie des frères Lehmann.

Tout se passe comme si le premier arrivant passait son bras sous le vôtre pour ne plus vous lâcher avant le terme de cette aventure, la fin de la partie et celle de la musique.

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« Ça raconte Sarah », de Pauline Delabroy-Allard

"Ça raconte Sarah", de Pauline Delabroy-AllardLe souffle, le soufre

C’est un premier roman, écrit par une jeune femme de trente ans et il fait tout seul, la rentrée des éditions de Minuit.

Il y a là quelque chose d’audacieux, un pari presque téméraire. Mais ce coup de dé en rappelle d’autres, propres à cette singulière maison et l’on se félicite que tout ne soit pas affaire de calcul ou de gestion.

Les coups de cœur éblouissent.

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